Affaire Elf : Le pillage du Congo... et d'autres pays14/12/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/12/une-1743.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C164%2C225_crop_detail.jpg

Leur société

Affaire Elf : Le pillage du Congo... et d'autres pays

L'émission " Capital " sur M6 a récemment été consacrée à l'affaire Elf. Voulant savoir où étaient passés les milliards détournés de la compagnie pétrolière, l'enquête concluait que ceux-ci n'avaient pas été perdus pour tout le monde. Ce n'est pas vraiment un scoop. Cela fait plus de trente ans qu'Elf-Aquitaine, fondée sous les auspices du général de Gaulle, pille les réserves pétrolières africaines, détourne les milliards du pétrole avec la bénédiction du pouvoir politique !

La compagnie pétrolière française a corrompu à peu près tout ce qui est corruptible sur la planète : chefs d'Etat, ministres, députés, hommes d'affaires, surtout là où il y a du pétrole, du Venezuela à l'Afrique, en passant par l'Iran. Ce n'est que ces dernières années que la justice a commencé à s'intéresser de près au système Elf, véritable Etat dans l'Etat, essayant de faire la lumière sur les réseaux de corruption qu'il avait mis en place.

Ainsi pour pomper le pétrole du Venezuela, Elf a dépensé près de 20 millions de dollars pour corrompre chef d'Etat et ministres, soit 140 millions de francs. Une somme dérisoire au regard de ce que dépensait régulièrement le groupe en commissions diverses : de 300 à 800 millions de francs selon les années. Le système était bien rodé, notamment en Afrique. Là, la compagnie ne s'embarrassait pas de détails : le Congo-Brazzaville ne savait même pas combien il produisait de pétrole ! Elf remplissait des pétroliers de 100 000 tonnes sans les déclarer ; ce qui représentait un gain d'environ 100 millions de francs. Sa filiale Elf Congo ne payait jamais d'impôt à l'Etat congolais. Cerise sur le gâteau : Elf, en situation de monopole, dictait sa loi aux pays africains, mentait sur la vraie valeur du brut et achetait le pétrole beaucoup moins cher ! Tout bénéfice pour la compagnie.

Mais les dictateurs locaux ont également trouvé leur compte en laissant en place ce système de pillage. Elf leur accordait personnellement une commission de 4 à 7 francs par baril produit. Lorsque l'on sait que chaque pays produit des millions de barils par an... le calcul est vite fait. Les sommes d'argent en jeu étaient telles que les dictateurs locaux n'ont jamais hésité à fomenter des guerres civiles pour accéder au pouvoir, tandis qu'Elf tirait les ficelles, finançait les uns, armait les autres, et soutenait toujours le vainqueur, afin de continuer à extraire le pétrole en toute impunité. C'est ce qui est arrivé au Congo-Brazzaville, un pays qui a connu plusieurs guerres civiles en cinq ans, qui ont fait des centaines de milliers de morts. Sassou N'Guesso, le dictateur qui règne actuellement sur le pays, bien en cour à Paris, a été l'un des principaux artisans de la guerre civile. Soutenu par Elf et les troupes angolaises, il n'a pas hésité à mettre le pays à feu et à sang pour bénéficier de la manne pétrolière. Un sujet que les enquêteurs de " Capital " ont évoqué du bout des lèvres !

Les intermédiaires politiques et mafieux - on a du mal à les distinguer - qui ont négocié ou tenu les rênes de la compagnie pétrolière se sont enrichis personnellement, tout au long de ces trente dernières années. lls se retrouvent aujourd'hui soit en cavale soit en prison ou menacés d'y revenir. Loïk Le Floch Prigent, Pdg d'Elf de 1987 à 1993, est lui sous le coup de plus de trente mises en examen. Des dictateurs africains comme Sassou n'Guesso ou encore son gendre, Omar Bongo, au Gabon, ont perçu - et perçoivent toujours - les dividendes du pétrole, tandis que la population de leurs pays vit dans une misère profonde. Les partis politiques français ont bénéficié à leur tour des largesses de ces mêmes dictateurs qui leur offraient régulièrement des valises pleines de billets pour qu'ils puissent faire face à leurs dépenses électorales.

Mais les vrais commanditaires du pillage du pétrole africain continuent à s'enrichir pour les uns et à faire carrière pour les autres. Jusqu'à présent la justice n'a mis une main, pas très rude, que sur des seconds couteaux. Les vrais responsables du pillage, les dirigeants de l'impérialisme français qui, de De Gaulle à Chirac, en passant par Mitterrand, ont encouragé et couvert les agissements d'Elf, n'ont jamais été inquiétés.

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