Guerre d'Algérie : Les saloperies d'une sale guerre30/11/20012001Journal/medias/journalnumero/images/2001/11/une-1741.gif.445x577_q85_box-0%2C11%2C166%2C227_crop_detail.jpg

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Guerre d'Algérie : Les saloperies d'une sale guerre

Le 22 novembre, après plus de dix ans de procédure, un tribunal français a fini par reconnaître - et encore bien timidement - que Mohamed Garne, né d'un viol pendant la guerre d'Algérie, avait été victime des violences de l'armée française.

Après avoir rejeté toute forme d'indemnisation une première fois, la Cour régionale des pensions de Paris lui a accordé une pension d'invalidité de 30 %, soit 995,40 francs par mois, pour trois ans à compter de la demande. Et encore, pour obtenir une telle reconnaissance, il aura fallu la volonté tenace de la victime.

Alors qu'il était officiellement orphelin, Mohamed Garne avait fini, à l'âge de vingt-huit ans, par retrouver sa mère. Celle-ci habitait au milieu des tombes d'un cimetière d'Alger. " Les morts ne font pas de mal " disait-elle. Ce n'est qu'au bout de trois ans que cette femme, murée dans sa souffrance et rejetée de tous, a dévoilé les viols répétés pendant des mois que lui avaient fait subir des militaires français dans le camp de regroupement où ils l'avaient enfermée en 1959. Elle avait alors seize ans. Lorsque ses tortionnaires découvrirent sa grossesse, ils usèrent à nouveau de la violence pour provoquer une fausse couche. Ce qui conduit de doctes magistrats français d'aujourd'hui à s'étonner " que neuf mois d'efforts prolongés pratiqués par un groupe d'hommes décidés à ne reculer devant rien pour dissimuler les traces de leur crime n'aient pu aboutir à provoquer une interruption de grossesse ". Eh bien non, le bébé a vécu et, pour compléter l'ignominie, il fut retiré à sa mère peu de temps après sa naissance.

Ce qu'a enduré cette femme, bien d'autres femmes algériennes l'ont connu sous une forme ou sous une autre. Car la population algérienne fut prise en otage et livrée à toutes sortes de violences et d'exactions de la part de l'armée française. Celle-ci se savait couverte par tous les hauts responsables de l'Etat. Il n'empêche qu'officiellement, il n'y eut pas de guerre en Algérie, mais une " opération de police ", qui mobilisa tout de même jusqu'à près de 500 000 militaires français. Cette prétendue opération de maintien de l'ordre, qui dura huit atroces années, de 1954 à 1962, coûta la vie à 500 000 Algériens, peut-être un million selon le chiffre avancé par le FLN, ainsi qu'à 30 000 soldats français. Mitterrand, alors ministre de l'Intérieur dans le gouvernement de Mendès-France, déclarait crûment entre autres : " Tout sera réuni pour que la force l'emporte en toutes circonstances, quelles que soient les difficultés, les cruautés qui s'imposent à nous ".

Et ce n'est qu'aujourd'hui, près de quarante ans après la fin de la guerre, et encore du bout des lèvres, qu'un tribunal reconnaît l'une des multiples tortures que l'armée française pratiquait à l'époque.

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