Marignac (Haute-Garonne) : manifestation contre les licenciements

16 Novembre 2001

La lutte continue dans le Comminges (Haute-Garonne) et dans l'Ariège, où deux usines sont menacées de fermeture. Après l'annonce du projet de fermeture de l'usine Pechiney Electrométallurgie à Marignac (au sud du département de la Haute-Garonne) au mois d'avril, c'est au tour de l'usine de Riz la + de Mazère, qui fabrique du papier à cigarettes, qui est menacée de fermeture depuis le 9 octobre.

Samedi 10 novembre, une manifestation des salariés de ces deux usines a été organisée à Saint-Gaudens (sous-préfecture de la Haute-Garonne) et a rassemblé plusieurs centaines de personnes. Ils sont bien décidés à se battre et à faire "échec à la logique du Medef et de leurs complices" comme l'écrit un tract distribué par un salarié de Péchiney. "Le patronat se comporte comme des terroristes, il détruit notre travail, notre environnement, nos familles, agressant nos enfants" pouvait-on encore lire sur ce tract.

Au travers de ces deux usines, c'est bien toute une région avec des centaines de familles qui est menacée par le chômage. Pechiney Marignac emploie 250 personnes et fait travailler près de 400 personnes de plus indirectement. Depuis l'annonce du projet de fermeture de l'usine au mois d'avril, les salariés ont fait parler d'eux avec le soutien des habitants de la vallée. Ils ont séquestré le directeur de l'usine, ont organisé plusieurs manifestations dans la région, ont aussi participé à des manifestations à Toulouse. Et il y a eu la montée à Paris pour empêcher la tenue d'un comité central d'entreprise (voir LO n°1714)...

Suite à leurs différentes actions, Jospin a reçu les syndicats pour leur dire qu'il fallait respecter le cadre de la loi républicaine, en faisant allusion à la séquestration du directeur, et pour préciser que ce n'était pas de son ressort, qu'il ne peut pas intervenir dans les affaires d'une entreprise privée et renvoyant les syndicats aux CCE de l'entreprise. Il lui a été répondu que "entrer dans les CCE c'est comme rentrer dans le couloir de la mort, aucune boîte ne s'en n'est jamais sortie" et que "les salariés de Pechiney continueront de faire parler d'eux, il n'y aura pas d'accalmie".

La production est actuellement arrêtée, mais les ouvriers sont toujours à leurs postes de travail. L'avenir reste incertain, la procédure de fermeture suit son cours, la direction ne propose qu'un éventuel maintien d'une trentaine d'emplois dans un projet industriel sur le site. De tout cela il n'en est pas question pour les salariés de l'usine, c'est l'ensemble des 250 personnes qui doivent rester.

Quant à l'usine de Riz la + qui produit du papier à cigarettes à Mazères, elle emploie 62 ouvriers (dont 36 ouvrières) et 5 emplois CDD. C'est une usine qui est largement bénéficiaire. Sur un chiffre d'affaires de 84 millions de francs, le bénéfice net s'élève à 10,8 millions, en augmentation de 14 % par rapport à l'exercice précédent. L'usine appartient à la multinationale britannique Imperial Tobacco. La façon dont l'annonce de fermeture a été faite aux salariés le 9 octobre donne une idée du mépris qu'affiche le patronat. Graham Bolt, directeur du groupe Imperial Tobacco, a déclaré aux ouvriers de l'usine que "après une analyse stratégique complète et très approfondie", il était arrivé "à la difficile et regrettable conclusion que la capacité de cette usine excède les besoins" et qu'il envisageait "sa fermeture vers la fin de l'été 2002" ajoutant avoir "conscience du fait que cette annonce sera un choc pour vous et qu'il vous faudra rassembler vos esprits". C'est pourquoi, il proposait "d'interrompre la production jusqu'à demain à la même heure, afin que vous ayez le temps de parler avec votre famille, vos amis, vos collègues !...". Cette annonce a soulevé la colère et les salariés de Riz la + sont déterminés à se battre pour le maintien de tous les emplois sur l'usine.

A Péchiney comme à Riz la + les travailleurs sont donc bien décidés à se battre pour défendre leurs emplois et à faire encore parler d'eux dans les semaines à venir. En tout cas, cette manifestation commune confirme "la nécessité de l'interdiction partout des licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices", comme cela a été affirmé à la fin de la manifestation par un comité d'action regroupant des représentants des travailleurs, mais aussi des associations locales.