La Poste : l’austérité salariale

17 Novembre 2000

A La Poste, les salaires continuent à stagner : 0 % d'augmentation depuis un an. La dernière augmentation, 0, 8 %, date de décembre 1999 et n'avait apporté que quelques dizaines de francs à chaque postier. Et depuis trois ans, c'est seulement 3, 6 % d'augmentation.

Pas étonnant que la direction générale ait annoncé un bénéfice de plus de 1, 6 milliard de francs pour les six premiers mois de l'année, presque autant que pour toute l'année 1999. Sans parler des milliards de francs que La Poste investit chaque année dans le rachat de sociétés de transport et de messagerie, notamment en Allemagne, aux USA, en Grande-Bretagne...

Salaires qui stagnent, suppressions d'emplois, remplacement des postiers fonctionnaires par des contractuels moins payés, développement des temps partiels imposés, des CDD... voilà la recette.

Récemment, les syndicats ont rendu publics les salaires "avoués" des dix plus hauts dirigeants de La Poste en 1999 : une moyenne de 75 226 francs mensuels net, sans compter les primes et autres avantages, ce qui, rien que pour les salaires, représente une augmentation de 25 % sur trois ans.

De quoi voir rouge et donner envie de leur faire rendre gorge.

Paris 14e : grève pour les emplois

A La Poste du 14e arrondissement de Paris, centre de distribution et bureau central du 14e, facteurs et guichetiers ont fait grève nombreux mardi 14 novembre. Plus d'une centaine de facteurs sur les 263 prévus ce jour-là ; plus de 80 % de la vingtaine de guichetiers, le bureau restant fermé.

A la distribution qui regroupe 350 postiers, ce sont les conditions de travail, suite à la réorganisation liée au passage aux 35 heures, qui soulèvent le mécontentement. Déjà il y a trois semaines, une grève d'une journée avait regroupé une soixantaine de facteurs.

Le passage aux 35 heures, s'il a accordé six jours de repos par an aux facteurs, s'est fait sans création d'emplois, si bien que ceux qui prennent ces jours de repos ne sont pas toujours remplacés et trouvent du travail en retard à leur retour. De plus, depuis la rentrée de septembre, les Postimpacts (la publicité adressée) sont en très forte augmentation.

La direction reconnaît cette augmentation de courrier qui est passé chaque jour de 220 000 à 280 000 objets à distribuer. Elle essaie d'y remédier à coups d'heures supplémentaires (y compris le 11 novembre !), de centre de tri parallèle où travaillent des CDD... Mais si elle arrive à faire passer tant bien que mal le tri du courrier, la distribution reste en rade.

Après une journée de grève en octobre et celle de ce mardi, les facteurs les plus combatifs sont contents d'avoir dénoncé la situation. Une quarantaine de facteurs ont continué la grève mercredi 15.

Il faut obtenir des emplois de facteurs supplémentaires, au tri et sur les tournées les plus chargées.

Au Guichet de Paris 14 Bachelard, la direction veut supprimer deux nouveaux emplois après en avoir supprimé trois il y a moins d'un an, lors du passage aux 35 heures. En plus, en nous faisant commencer plus tard le matin, elle veut nous allonger une journée de travail tous les quinze jours en nous rajoutant un "retour" de 13 h 15 à 17 h 25, un jour où nous travaillons de brigade de matin : travailler plus, à moins nombreux, tout en n'ayant obtenu aucun jour de repos supplémentaire lors des 35 heures, ça ne passe pas.

La grève a été préparée pendant plusieurs jours, le temps de constater que la direction ne voulait discuter que de broutilles. Mardi 14, en même temps que les facteurs, et mercredi 15 nous étions en grève quasi totale et la grève partie pour continuer plusieurs jours. Il faut que la direction retire son projet.

Correspondant LO

Paris 11e : les facteurs ont marqué le coup

Depuis lundi 6 novembre, les facteurs de Paris 11 étaient en grève pour obtenir des créations de postes et des journées de repos supplémentaires dans le cadre des 35 heures (cf. LO n°1687). Face à la détermination et au nombre de grévistes (75 % de la distribution), la direction, après avoir répondu par le mépris, s'est décidée à recevoir l'ensemble du personnel, vendredi 10 novembre.

A cette occasion, de nombreux facteurs ont exprimé leur hostilité au plan de passage aux 35 heures concocté par la direction. Celle-ci n'a cédé que 2 postes en fixe et 4 en CDD. Elle n'a pas voulu revenir sur les suppressions de postes à la messagerie (le service qui distribue les colis). Lundi 13, certains ont repris le travail. Mais l'assemblée des grévistes a encore rassemblé plus de 80 personnes. Certains syndicats, en particulier la CFDT, ont dès lors cessé de militer pour la poursuite de la grève. Mardi 12, la fin du mouvement semblait probable.

Certes, les facteurs n'ont pas obtenu gain de cause sur l'essentiel des revendications. Mais cette grève, la deuxième depuis septembre, a montré que les facteurs de Paris 11 en avaient ras le bol de la dégradation des conditions de travail, et qu'ils ont tenu à le manifester. Les problèmes qui ont conduit à la grève restent entiers, et chacun sait que c'est partie remise.

Chaville (Hauts-de-Seine) : la grève des facteurs

Lundi 6 novembre, après un an de conflits larvés, la vingtaine de facteurs du bureau de poste de Chaville a décidé à l'unanimité de cesser le travail.

A l'origine du mouvement il y a l'application des 35 heures. Les grévistes réclamaient le maintien des quinze tournées par jour, ce qui permet de conserver un samedi sur deux non travaillé, une création d'emploi et cinq jours de congés supplémentaires. Dès le début du conflit la direction a fait appel à des "volontaires" extérieurs pour assurer la tâche de distribution du courrier. Mais cela n'a pas entamé la détermination des grévistes.

Mardi 7, ils se sont rendus à la direction départementale pour rencontrer un directeur jusque-là invisible et qui ne se déplaçait pas. Là, les grévistes ont confirmé devant lui, par un vote unanime à main levée, leur volonté de poursuivre le mouvement. Leur détermination a permis la reprise des négociations.

Finalement, jeudi 9 novembre, la direction cédait sur presque tout. Seuls les jours de congés supplémentaires réclamés sont encore en négociation.

Les actions et les discussions de ces derniers jours ont renforcé la cohésion et c'est avec un moral bien remonté que les facteurs ont tous repris leurs tournées.