La conférence sur l’effet de serre : dans les serres du capital

17 Novembre 2000

Après les conférences de Buenos Aires et Kyoto, et quelques sessions intermédiaires, nous voici à la conférence de la Haye. Et il faut bien constater que la farce de ces réunions continue.

Le "protocole de Kyoto" prévoyait la réduction des gaz "à effet de serre", principalement le gaz carbonique résultant de la combustion des hydrocarbures et des charbons, de 5 % en 2010 par rapport à 1990. Un objectif plutôt mesuré.

Eh bien ça démarre très mal : trois ans après, seule l'Union européenne est parvenue à stabiliser les rejets, mais pas à les diminuer, tandis que les USA, en 1998, avaient augmenté de 11 % et le Japon de 7 % ! Quant à un certain nombre de pays dits "émergents" qui n'avaient pas signé le protocole, dont la Chine (devenue le premier producteur de charbon mondial), ils augmentent leurs rejets, à toute vapeur, si on peut dire.

Le seul pays à avoir diminué ses émissions de gaz carboniques et autres, de manière significative, c'est la Russie, à cause de la crise économique et bien évidemment pas du fait de mesures antipollution.

Si on voulait limiter vraiment les rejets de gaz polluants, auxquels on attribue de plus en plus le réchauffement de la planète, ce ne serait certainement pas très facile. Il faudrait systématiquement équiper de filtres les cheminées des centrales thermiques et usines diverses, remplacer le transport routier par le transport ferroviaire, remplacer une partie du transport automobile par des transports en commun, renoncer à construire les voitures trop gourmandes en essence (et donc les plus rapides d'entre-elles et les 4¥4 notamment). Ce qui signifierait s'attaquer tout à la fois aux industriels de l'électricité, de l'automobile, du pétrole, du transport routier, et sans doute quelques autres. Pour le moment, c'est la lutte du pot de fumée contre le pot de fer. Et ce ne sont pas les écologistes qui s'accommodent du capitalisme, qui sont capables de la mener.

Les conférences ne servent pour le moment qu'à essayer de trouver des échappatoires pour contourner les promesses prises à Kyoto. C'est ainsi que les représentants des USA ont inventé la fameuse formule des "droits de pollution" rebaptisés pudiquement "permis d'émission". Plutôt que de faire le ménage chez eux, ils proposent d'aider à le faire chez des pays pauvres (du "Sud") en facilitant chez ces derniers des équipements "propres", ce qui éviterait de revoir les installations américaines. Le total, prétendent-ils, serait le même. Les représentants européens ont finalement accepté ce principe d'autorisation de maintenir la saleté chez soi, à condition que cela ne dépasse pas 50 % du total de la réduction prévue. Mais les représentants des USA trouvent que c'est encore trop ! Et pour le moment les délégués se disputent là dessus...

Dans une interview, un des dirigeants de la délégation américaine a eu ces mots : "Globalement, l'atmosphère de négociation est bonne".

C'est bien la seule !

André VICTOR