Europe - La "gauche plurielle" contre les services publics

17 Novembre 2000

La décision de livrer à la concurrence du privé les envois postaux dépassant les 350 g a été votée en 1997 au Parlement européen, non seulement par les députés socialiste mais aussi par les députés du Parti Communiste. Cela a soulevé à l'époque, à juste titre, l'indignation de plusieurs syndicats, en tout cas de la CGT et de Sud, qui étaient et qui sont encore contre la "libéralisation" du service public postal.

Le Parti Socialiste, flanqué de ses alliés de la Gauche plurielle, poursuit donc une politique systématique d'ouverture des services publics aux profits privés. Avec comme prétexte le "moindre mal", non seulement il s'aligne sur la droite mais bien souvent il la précède. Il ne faut pas oublier que le gouvernement Jospin a privatisé plus et plus rapidement que les gouvernements Balladur et Juppé réunis, avec l'hypocrisie en plus. On se souvient pour le transport aérien de l'utilisation subtile de l'expression "ouverture du capital", voire dans les moments poétiques de "respiration du capital", pour éviter de parler de privatisation, Mais la subtilité des mots ne rend pas meilleure la politique.

C'est encore le Parti Socialiste et le gouvernement de la Gauche plurielle qui ont été les artisans de cette attaque contre le service public qu'a constituée la privatisation progressive de France Télécom. Et la privatisation rampante est en route aussi aux chemins de fer et dans le contrôle aérien.

Ces gens-là, tant qu'ils sont dans l'opposition, se posent en défenseurs des services publics, comme ils se présentent en partisans d'un étatisme plus grand et plus redistributif en faveur des classes pauvres, Mais, dès qu'ils sont au gouvernement, ils font là où le patronat leur demande de faire !

Au Parlement européen, leur attitude est de surcroît facilitée par l'esprit consensuel qui y règne. C'est ainsi que leur argument est que, dans la politique de libéralisation progressive, ils peuvent avoir le soutien de certains courants de la droite, en l'occurrence, dans le cas de la dérégulation des services postaux, des partisans de Pasqua, pour ralentir le rythme. Ce faisant cependant et quel qu'en soit le rythme, ils se font eux-mêmes les artisans de la politique de libéralisation.

Mais que dire de l'attitude des députés du Parti Communiste ? Dans la commission emploi et affaires sociales, ils ont déposé un amendement distinct de celui du Parti Socialiste, proposant que les choses restent en l'état et que seuls les envois au-dessus de 350 g soient livrés au privé. Mais, dans la commission économique, le représentant de la GUE - membre du Parti Communiste Grec, il est vrai - s'est aligné derrière la position du Parti Socialiste. Pour le moment, il ne s'agit que de discussions en commissions.

Mais bien des indices laissent penser que, lors du vote de décembre en assemblée plénière, les députés européens du Parti Communiste se préparent, au nom du réalisme, à se rallier aux positions du Parti Socialiste, et qu'ils se préparent à voter en leur compagnie et, sans doute, avec quelques députés de droite partisans de Pasqua, pour une proposition qui, pour être progressive dans la dérégulation et l'ouverture à la concurrence, ne se situe pas moins sur ce terrain.

Pour se justifier, ils invoquent le fait que le rapport des forces n'est pas en faveur de ceux qui s'opposent à la privatisation. C'est un euphémisme de dire que ceux qui s'opposent au démantèlement du service public ne sont pas majoritaires au Parlement européen. Mais ce n'est certainement pas une raison pour se rallier à ceux qui poursuivent consciemment, volontairement, une politique antiouvrière et de démantèlement des services publics.

Et, en tout cas, ce n'est pas de cette façon qu'on construira le rapport des forces, non pas au Parlement européen mais sur le seul terrain où cela compte, du côté des travailleurs.

On verra si les députés du Parti Communiste se ressaisiront d'ici le vote final. Et si ce n'est pas le cas, les travailleurs en général et les organisations syndicales en particulier devront considérer ce vote pour ce qu'il est : un vote en faveur d'une politique rétrograde, favorable au seul patronat et préjudiciable aux intérêts des travailleurs et à la majorité de la population.