États-Unis - Peine de mort : Bush et Gore d’accord pour exécuter

17 Novembre 2000

Pendant le show de la campagne électorale présidentielle américaine, les exécutions de condamnés à mort n'ont pas cessé. Cinq condamnés ont été exécutés depuis le début novembre, dont deux au Texas, Etat dont George W. Bush est le gouverneur républicain.

Depuis 1976, année où la Cour suprême a rétabli la peine de mort aux Etats-Unis, 673 détenus ont été exécutés. Loin de diminuer, le rythme des exécutions s'envole : quatorze en 1991, quarante-cinq en 1996, quatre-vingt dix-huit l'an passé et déjà soixante-quinze depuis le début de l'année 2000. Le nombre de graciés lui, laisse peu d'espoir aux condamnés : une grâce seulement depuis le début de l'année.

En matière de peine de mort, chaque Etat dispose de sa législation. Ainsi douze Etats l'ont abolie, alors que 38 autres l'ont rétablie, et dans 31 Etats l'on exécute. Par ailleurs, la peine de mort a été rétablie en 1988 au niveau fédéral.

Les Etats-Unis sont aussi un des rares pays, avec le Pakistan, la République Islamique d'Iran, l'Arabie Saoudite et le Yémen, à condamner à mort des mineurs, la Cour suprême ayant établi l'âge minimum à 16 ans. Neuf personnes ont ainsi été exécutées pour des délits commis, alors qu'elles étaient mineures.

L'arriération mentale ne fait pas non plus reculer les juges, procureurs et gouverneurs : on évalue à trente le nombre de retardés mentaux exécutés depuis 1976. Le 9 août dernier, George W. Bush a refusé d'annuler l'exécution de Oliver Cruz, incapable de l'aveu même des policiers de comprendre ses droits au moment de son arrestation et considéré comme retardé mental.

L'Etat du Texas, que gouverne Georges W. Bush est sans aucun doute le plus féroce en la matière. Un tiers des exécutions y ont lieu. Mais les républicains n'ont pas le monopole de la barbarie et ne sont pas les seuls à faire de l'assassinat légal un sinistre argument électoral. Dans bon nombre d'Etats gouvernés par les démocrates, comme en Arkansas ou en Californie, la peine de mort est instituée. En 1992, Bill Clinton, qui était alors gouverneur démocrate de l'Arkansas, choisit même d'interrompre sa campagne électorale pour assister à l'exécution d'un condamné.

Une fois élu président, le même Clinton aggrava la législation fédérale en matière de peine capitale. Ainsi, en 1996, il profita d'une loi sur le terrorisme pour restreindre les possibilités de recours en appel des condamnés. Il fit aussi passer au niveau fédéral de deux à soixante le nombre de délits pouvant entraîner la condamnation à mort. Enfin depuis 1995, l'aide juridictionnelle aux inculpés a été considérablement réduite et bon nombre de condamnés à mort n'ont pas les moyens d'avoir une représentation juridique.

Quant aux prétendants à la succession de Clinton, son poulain Al Gore n'est pas un adversaire de la peine de mort. Bush est un boucher qui se déclare fier de l'être, mais Gore s'est gardé de s'en différencier. Il s'est même déclaré "fortement favorable à la peine de mort" pendant la campagne.

Avec Gore ou avec Bush, ces sinistres "couloirs de la mort", où les condamnés attendent leur exécution, ne vont malheureusement pas désemplir.

Christian BERNAC