États-Unis : le Président élu par une minorité

17 Novembre 2000

Qui, de Bush ou de Gore, sera le prochain président des Etats-Unis ? Une semaine après les élections, on en était toujours à compter et recompter les bulletins de vote dans certains Etats.

Ainsi à Palm Beach, en Floride, où la population doit élire 25 grands électeurs qui voteront ensuite pour un président, une vérification manuelle portant sur 43 000 bulletins de vote, soit 1 % des votants, a fait apparaître une erreur qui réduit l'avance de Bush de 327 à 288 voix. Du coup, les membres de la commission de vérification des élections, appuyés par un juge fédéral, ont décidé que l'ensemble des bulletins seraient recomptés manuellement. Pour ne pas être en reste, le gouverneur républicain de la Floride (le propre frère de Bush) a décrété que le scrutin serait clos mercredi 14 novembre, ce qui ne laisserait pas le temps à la commission de vérifier si chaque bulletin a bien été percé ou non...

Les tripatouillages électoraux, légaux ou non, ne sont certes pas l'apanage des Etats-Unis, mais ils sont certainement facilités par l'archaïsme et la complexité du mode de scrutin, qui varie en outre selon les Etats, voire les comtés à l'intérieur d'un même Etat.

Mais surtout, alors que les Etats-Unis se posent en champions de la démocratie dans le monde (c'est sous cette bannière, pour ne citer qu'un exemple, qu'ils imposent depuis quarante ans un blocus économique à Cuba en mesure de rétorsion contre la "dictature castriste"), le moins qu'on puisse dire est que ces élections ne donnent pas un aspect positif d'un fonctionnement dit démocratique. Car il apparaît à l'heure actuelle que même si Gore dépasse en nombre de voix son adversaire, le système des "grands électeurs", c'est-à-dire le scrutin indirect, a de fortes chances de donner la victoire à Bush.

De toute façon, quel qu'il soit, le nouveau président des Etats-Unis ne sera élu qu'avec une minorité de voix, si l'on tient compte aussi du nombre d'abstentions élevé, une grande partie de la population ne se reconnaissant dans aucun des candidats qui tous deux défendent la même politique, au service des grands groupes industriels et financiers.

Mais ce n'est pas non plus une spécificité américaine. La presse française, qui ironise sur le système électoral des Etats-Unis en lui opposant la simplicité du mode de scrutin français, se garde bien de rappeler qu'ici aussi, le président élu est loin de représenter la majorité. Ainsi, lors des élections présidentielles de 1981, Mitterrand n'avait obtenu au premier tour de scrutin que 20,62 % des voix des inscrits, en deuxième position derrière Giscard d'Estaing. Ce n'est que par le jeu des désistements et du report des voix au second tour qu'il avait été élu avec 51,76 % des votants, mais seulement 43,15 % des inscrits.

Il en va de même en ce qui concerne les élections législatives, où le scrutin majoritaire à deux tours et surtout le découpage électoral favorisent le parti majoritaire : aux élections législatives de novembre 1958, les gaullistes (UNR et RI) avaient raflé 189 sièges à l'Assemblée avec 20,4 % des suffrages (au premier tour), le PC n'obtenant que 10 députés avec 19,2 % des voix ! En 1981, la proportion s'était inversée, PS et MRG, avec 37,7 % des voix, ayant la majorité absolue à l'Assemblée avec 269 élus sur 491.

Alors, quel que soit le pays dit "démocratique", les élus ne représentent que de loin l'ensemble de la population. Un mode de scrutin à la proportionnelle, où les partis ont un nombre d'élus proportionnel au nombre de voix obtenues, serait certes plus juste. Mais encore faudrait-il que ces élus ne soient pas inamovibles pendant cinq, six, voire neuf ans comme pour les sénateurs, mais qu'ils soient sous le contrôle permanent de la population et révocables à tout moment, dès l'instant où ils ne tiennent pas leurs engagements.

Marianne LAMIRAL