Côte d'Ivoire : le soutien de l’impérialisme français au régime de Gbagbo

17 Novembre 2000

Il n'aura pas fallu attendre longtemps pour que les réserves émises par la France à l'égard de la Côte-d'Ivoire soient définitivement levées. Le gouvernement Jospin a décidé de soutenir sans réserves, politiquement et financièrement, le régime de Laurent Gbagbo, leader du Front Populaire Ivoirien (FPI), récemment élu président dans des conditions très controversées. Que cette élection présidentielle ait relevé de la mascarade la plus grossière, étant donné la mise à l'écart de la plupart des candidats de l'opposition, l'impérialisme français n'en a cure. Que l'élection du candidat "socialiste", Laurent Gbabgo, ait eu lieu au terme d'une campagne xénophobe et criminelle, immédiatement accompagnée de violences ethniques à l'encontre des partisans d'Alassane Ouattara, le rival évincé de la course présidentielle, faisant plus de 150 morts dans les quartiers populaires d'Abidjan et dans le pays, ne le gêne pas plus.

Fidèle à sa politique, l'impérialisme français, incarné aujourd'hui par le gouvernement Jospin, apporte son soutien au gouvernement en place. Jospin feint de croire au verdict "démocratique" des urnes même si Gbagbo n'a rassemblé sur son nom que 7 % de la population ! Il cautionne cette parodie de démocratie et multiplie les démarches auprès des chefs d'Etat étrangers, africains et européens, pour faire reconnaître la "légitimité" du président ivoirien.

Pourquoi un tel zèle ? Parce que les affaires des grandes compagnies multinationales françaises présentes en Afrique ne sauraient souffrir des aléas du changement qui a eu lieu. Mais l'appui politique de Matignon au régime de Laurent Gbagbo s'accompagne d'un soutien financier conséquent. L'Agence française de développement, qui avait stoppé ses financements en direction de la Côte-d'Ivoire, est invitée à les reprendre au plus vite. A cette fin, le gouvernement vient de lui allouer 600 millions de francs (dont 175 millions devraient permettre d'éponger les arriérés du régime ivoirien auprès de la Banque mondiale).

A qui profitera cette manne financière ? Aux cliques qui se partagent le pouvoir et les postes dans l'appareil d'Etat ivoirien, bien sûr, mais en même temps aux trusts qui opèrent dans le pays, de Bouygues à TotalFinaElf, de Bolloré à Rhône-Poulenc, sans oublier toutes les banques françaises présentes à Abidjan. Et certainement pas à la population qui survit dans des conditions misérables dans les taudis des faubourgs de la capitale, touchée de plein fouet par la récession économique.

Actuellement l'endettement du pays est tel que les remboursements absorbent quelque 52 % du budget total de l'Etat ivoirien. Alors, en injectant plusieurs centaines de millions de francs dans l'économie ivoirienne, l'impérialisme français entend redresser en partie la situation et permettre aux compagnies multinationales de continuer à faire du profit. Rappelons que plus de 2 000 entreprises françaises prospèrent en Côte-d'Ivoire (150 d'entre elles emploient plus de 30 000 salariés). Les entreprises de BTP se révèlent particulièrement intéressées à la reprise des relations entre Paris et Abidjan. Nombre de contrats avaient été en effet gelés suite aux tensions politiques et sociales de ces derniers mois. Certaines compagnies manifestaient même une certaine inquiétude face à la victoire du FPI, craignant la remise en cause de certains contrats passés avec les gouvernements précédents de Konan Bédié ou du général Gueï.

Bouygues, par exemple, espère bien décrocher le contrat du projet Riviera-Marcory (jusqu'ici au point mort), qui vise à construire une voie express de 9 kilomètres et un pont reliant deux quartiers d'Abidjan pour un montant de 900 millions de francs. Tout comme France Télécom qui, après avoir participé à la privatisation de l'opérateur national de téléphone ivoirien en 1997, entend bien emporter le juteux marché de la téléphonie mobile qui explose actuellement.

En envoyant son ministre délégué à la Coopération rendre visite au président ivoirien, à Abidjan, le gouvernement français entend faire d'une pierre deux coups : réaffirmer la présence de l'impérialisme français dans la région et rassurer le petit monde des multinationales françaises sur l'avenir de leurs intérêts. Celles-ci n'ont donc rien à craindre du nouvel homme fort de Côte-d'Ivoire : le gouvernement Jospin veille au grain.

René CYRILLE