Congrès des Verts : foire d'empoigne et guerre des clans

17 Novembre 2000

Au congrès des Verts qui vient de se tenir à Toulouse, les questions de l'Erika ou du Ievoli Sun n'étaient guère au centre des préoccupations, pas plus que les problèmes liés à la crise de la vache folle, à la pollution urbaine ou au réchauffement de la planète. Non, les seules questions qui ont agité les congressistes tournaient autour de celui qui serait le prochain candidat des Verts à l'élection présidentielle, sur la façon de renforcer son clan dans la guéguerre des courants, sur la façon de faire semblant d'exister à côté du PS.

Les six courants représentés lors du congrès ont donc passé l'essentiel de leur temps à s'entre-déchirer. Tous les coups étaient permis : insultes, hurlements, invectives, tractations et conciliabules et pour finir sourires de façade pour la photo finale.

Les déclarations préparatoires au congrès avaient déjà donné un aperçu, entre Marie-Christine Blandin lançant : "Je ne veux pas servir la soupe à Voynet !" ; Guy Hascoët se demandant : "Pourquoi Blandin joue les icônes ?" ; Voynet ironisant à propos de Cohn-Bendit : "C'est un OPNI, un objet politique non identifié" ; plus toutes les gentillesses que tout ce joli monde s'est envoyé au visage dans le secret du huis clos... On imagine le niveau des débats.

Jean-Luc Bennahmias, secrétaire national sortant, a quitté très dépité le congrès, lorsqu'il a appris qu'il ne pourrait pas cumuler son poste de secrétaire national avec celui de conseiller au Conseil économique et social ! D'autres suivront sans doute car la "guerre des clans" est loin d'être terminée. Il faut dire que le vrai problème pour les Verts, c'est bien sûr d'exister politiquement à côté du PS. A trop avaler de couleuvres, à s'aligner sans condition sur la politique gouvernementale, il devient de plus en plus difficile de voir une différence entre les uns et les autres. D'où l'agacement de certains qui voudraient bien que les Verts soient plus critiques vis-à-vis du gouvernement, ne serait-ce que quelque temps, histoire de ne pas trop passer sous la table, lors des prochaines échéances électorales.

Mais voilà, les postes d'élus que les Verts peuvent espérer dépendent pour les municipales, mais aussi et surtout pour les élections législatives, des accords qu'ils pourront passer avec le PS. Aux municipales, dans 70 % des cas, des accords ont été signés avec le PS et assurent les Verts d'obtenir des conseillers municipaux.

Au fond il y a, malgré la discordance affichée, une cohérence dans cette situation. C'est qu'en fait les écologistes, même ceux qui se posent sincèrement les questions de la dégradation de l'environnement, se refusent à prendre en compte la façon dont la société et l'économie sont organisées, au profit de qui les choix de production sont faits, et qui, en fin de compte, dispose du poids pour décider du saccage de la planète, pourvu que s'épanouissent les profits. Du coup leur action vise principalement à peser sur les institutions, en s'y intégrant quand cela est possible.

Ce choix laisse libre cours à ceux qui font de l'écologie leur fonds de commerce. Ceux qu'on voit se disputer par avance, dans le cadre d'un congrès, des postes qu'ils en sont encore à convoiter, sont pour bon nombre moins préoccupés de l'avenir de la planète que du leur.

Et si ce congrès des Verts a été comparé aux congrès du PS, ça n'est pas sans raison. On a parlé, à cette occasion, d'infantilisme attardé, ou, pour être plus charitable, de "défauts de jeunesse". Disons plutôt que si ce spectacle n'est pas neuf, cela montre que l'on a affaire à des femmes et des hommes qui sont du même tonneau que le PS, et qui cherchent à brouter dans le même pré carré. Sans se préoccuper du reste, à commencer par les idées qu'ils sont censés défendre.

Stéphane HENIN