Etats-Unis : Peine de mort - quand l'erreur est inhumaine11/02/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/02/une-1648.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans le monde

Etats-Unis : Peine de mort - quand l'erreur est inhumaine

Face au nombre croissant d'erreurs judiciaires, le gouverneur de l'Illinois, un des trente-huit Etats des USA qui appliquent la peine de mort, vient de décréter un moratoire pour surseoir aux exécutions capitales. Une première aux Etats-Unis. Il vient d'accorder " un sursis automatique à tout condamné en passe d'être exécuté tant que cette commission n'aura pas rendu ses conclusions ". En effet, depuis 1977, sur vingt-cinq condamnés à morts dans l'Etat de l'Illinois, treize ont été innocentés et douze autres exécutés. Deux hommes, par exemple, ont été libérés après avoir passé près de dix-huit ans dans l'antichambre de la mort. Dans les deux cas, les condamnés ont dû leur libération à la contre-enquête menée par un groupe d'étudiants de l'université de Chicago. Ces deux erreurs judiciaires ont contraint les autorités politiques à réagir.

Mais le geste du gouverneur de l'Illinois reste isolé dans un pays comme les Etats-Unis où la peine de mort est devenue un véritable fonds de commerce pour politiciens soucieux de faire carrière en séduisant les franges les plus réactionnaires de l'électorat. Clinton a renforcé l'arsenal juridique répressif en vigueur en signant une " loi contre le terrorisme et pour l'application effective de la peine de mort " en 1996. La Cour suprême des Etats-Unis a récemment invoqué cette loi pour rejeter un appel présenté au nom d'un condamné à mort pauvre et déficient mental à qui le recours à un avocat pour se défendre a été refusé.

Corollaire de cette justice tournée vers la répression et l'enfermement des plus pauvres, des procureurs et des enquêteurs peu scrupuleux bâclent les enquêtes et multiplient les erreurs judiciaires. Quand ce n'est pas tout simplement la police qui falsifie les enquêtes, fabrique des preuves pour condamner et jeter en prison des innocents. C'est le cas, entre autres, pour le militant noir Mumia Abu Jamal, ancien membre des Black Panthers, condamné à mort, victime d'une machination politico-policière.

Rien d'étonnant à ce que les Etats-Unis détiennent le record du monde des pays industrialisés du nombre de gens emprisonnés (deux millions de détenus), sans oublier celui tristement célèbre du plus grand nombre de condamnés à mort (plus de 3 500). Selon des statistiques officielles, plus de 90 % des condamnés à mort sont des pauvres et n'ont aucun moyen de rémunérer un avocat. Chacun sait également que les Noirs fournissent les gros bataillons des pensionnaires des couloirs de la mort (ils représentent 6 % de la population mais 42 % des condamnés à mort).

Ces erreurs judiciaires à répétition militent pour l'abolition totale de la peine capitale, cette survivance barbare d'un autre âge.

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