ETG Chausson (Gennevilliers - banlieue parisienne) : Jospin obligé de nous écouter21/01/20002000Journal/medias/journalnumero/images/2000/01/une-1645.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

ETG Chausson (Gennevilliers - banlieue parisienne) : Jospin obligé de nous écouter

A l'usine ETG (ex-Chausson) de Gennevilliers, nous nous battons depuis près de trois ans pour que, suite à la décision de Renault de fermer le site, aucun d'entre nous ne se retrouve au chômage.

Dès 1997 les salariés s'étaient adressés au Premier ministre Jospin pour lui demander de mettre ses actes en accord avec ses discours sur l'emploi, en lui rappelant que, l'Etat étant l'actionnaire principal de Renault, il avait tous les moyens d'empêcher les licenciements. Mais pendant toutes ces années de lutte, nous n'avons eu aucune réponse du Premier ministre. Par contre l'Etat est intervenu à plusieurs reprises dans le conflit... en envoyant la police contre nous. Si aujourd'hui une grande partie d'entre nous sont reclassés ou partis en préretraite, nous ne le devons qu'à notre lutte.

Aussi lorsque nous avons appris incidemment, par les parents d'élèves du lycée Galilée, que Jospin venait à Gennevilliers, nous avons décidé, en assemblée générale, d'aller le rencontrer.

Vendredi matin 14 janvier, à l'appel des trois syndicats (CFDT, CGT, CGC) toute l'usine s'est arrêtée et nous sommes partis à 300, accompagnés par des camarades du comité de chômeurs CGT de Gennevilliers, attendre Jospin à la sortie de son repas au lycée professionnel Galilée. C'est la police, casquée, casques et boucliers sortis, qui nous a accueillis.

Comme nous étions bien décidés à rester là et à voir Jospin en personne, il n'a pas pu se défiler. La première conséquence de l'acceptation de Jospin a été que les CRS ont remplacé leurs casques par leurs calots... question d'image de marque. Puis Jospin est arrivé, encadré du député-maire, du préfet et d'autres civils moins politiques mais plus musclés. Il a dû entendre un de nos camarades lui dire que, " vu qu'il avait été aussi inefficace pour Chausson que pour Vilvorde, les salariés de l'usine exigeaient que l'Etat prenne toutes les mesures nécessaires pour que tout le monde bénéficie d'un reclassement ou d'une préretraite ". Le camarade a ajouté que " tous les manifestants présents, ouvriers de Chausson comme membres du comité de chômeurs, en avaient assez de voir d'un côté l'accumulation des profits et de l'autre le développement du chômage et de la précarité ".

D'autres militants sont intervenus dans le même sens. Jospin a essayé de s'en tirer, comme à la télévision, sur l'air de " Tout va bien mieux, Madame la Marquise ", en laissant le soin à son chef de cabinet de recevoir une délégation.

A l'assemblée générale de bilan organisée dès la prise de poste du lundi matin 17 janvier, tout le monde était heureux de cette " entrevue ". Non seulement parce que nous avons pu dire en face à Jospin ce que nous voulions lui dire depuis trois ans. Mais encore parce que nous avons troublé la mise en scène officielle de la visite paternaliste en banlieue ouvrière.

Et surtout, nous avons montré à l'Etat et à Renault que, même si les effectifs de l'usine ont considérablement diminué (car une majorité d'entre nous sont déjà reclassés ou en préretraite), nous restons déterminés et unis sur notre revendication : personne à l'ANPE !

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