Italie : le 16 octobre de Refondation Communiste

22 Octobre 1999

Samedi 16 octobre, l'Italie aussi a eu sa manifestation nationale, à l'appel du Parti de la Refondation Communiste. Trains et cars spéciaux ont amené à Rome des dizaines de milliers de militants et sympathisants du parti, venus contester les orientations du gouvernement D'Alema, marquées notamment par ses nouvelles attaques contre les retraites, par des choix budgétaires avant tout en faveur du patronat, par la précarisation croissante du travail revendiquée par D'Alema il y a quelque temps lorsqu'il a proclamé triomphalement " la fin des emplois fixes ".

Organisée pratiquement à chaque rentrée, cette manifestation est un test pour " Rifondazione comunista ". L'an dernier, en octobre 1998, elle intervenait juste après la scission du groupe des " cossuttiens " ayant décidé de soutenir la majorité gouvernementale au moment où le parti avait décidé de s'en retirer. Le test avait réussi, nombre de militants ayant voulu marquer alors leur solidarité avec la majorité de " Rifondazione " et avec le choix de se retirer de la majorité gouvernementale.

Cette année, la mobilisation semble avoir été nettement moins forte. En partie, la direction de " Rifondazione comunista " paye sans doute pour ses ambiguïtés. Le choix de sortir de la majorité gouvernementale, s'il s'est accompagné de quelques déclarations radicales, n'a pas changé fondamentalement sa politique. Pire même, au mois d'août, le secrétaire général Bertinotti a fait clairement comprendre que, dans la perspective des prochaines élections régionales, puis législatives, il envisage de nouveau des alliances avec les partis de centre-gauche actuellement au pouvoir.

La raison invoquée, après le mauvais résultat enregistré par le PRC aux élections européennes de juin (4,2 %), est de sauver ses positions, et notamment ses élus qui dépendent en partie de telles alliances. Mais le fond de cette politique, bien des militants du parti en gardent l'amère expérience, c'est d'amener à soutenir la politique antiouvrière de ce centre-gauche au pouvoir, avec pour résultat la démoralisation et le discrédit du parti dans la classe ouvrière. Le virage annoncé par Bertinotti ne soulève donc pas l'enthousiasme et la manifestation du 16 octobre s'en est sans doute ressentie.

Bien sûr, dans son discours de clôture de la manifestation sur la Piazza del Popolo, Bertinotti qui avait invité deux ouvriers de Michelin-France à participer à la manifestation à ses côtés a dénoncé " la politique néo-libérale du gouvernement D'Alema ". Il a présenté la perspective de l'alliance avec le centre-gauche que dirige le même D'Alema comme un " défi " à celui-ci pour confronter les programmes. Il a aussi saisi l'occasion fournie par les récentes révélations faites en Italie sur les espions dont l'URSS aurait disposé autrefois, notamment dans les rangs du PC, pour revendiquer l'étiquette communiste et fustiger les anciens communistes comme D'Alema, qui a renié cette étiquette pour accéder au gouvernement. Mais cela ne peut suffire à définir une perspective réelle.

Depuis des années, " Rifondazione " se débat, oscillant entre l'accord avec le centre-gauche, voire le soutien à ses gouvernements, et des velléités d'opposition, sans jamais pour autant définir une politique claire. Le résultat est cette démoralisation progressive du parti, un déclin de son influence que le retour vers le centre-gauche annoncé par Bertinotti a bien peu de chances d'enrayer. Tant il est vrai que seuls un langage radical, une politique de défense décidée des intérêts des travailleurs, dans une perspective de classe, pourraient être en mesure de réarmer ses militants, et au-delà la classe ouvrière, face aux offensives qu'ils subissent.

André FRYS