La manifestation nationale " Pour l'emploi, contre les licenciements " proposée par le PCF : un échange de lettres PCF - Lutte Ouvrière

24 Septembre 1999

A la suite de sa proposition, faite le 12 septembre à la fête de L'Humanité, de l'organisation d'une manifestation nationale pour l'emploi, contre les licenciements, Robert Hue, au nom du PCF, s'est adressé à Lutte Ouvrière, comme à d'autres forces politiques, pour nous proposer de participer à l'organisation de cette manifestation.

On en saura sans doute plus, dans les jours qui viennent, sur cette manifestation, sur sa date et sur les forces politiques qui envisagent d'y participer. En ce qui nous concerne, Arlette Laguiller au nom de Lutte Ouvrière a répondu positivement à cet appel. Nous publions ci-après la lettre du PCF, ainsi que la réponse de Lutte Ouvrière indiquant dans quel sens nous envisageons notre participation à une telle manifestation.

La lettre du PCF

Comme vous le savez, j'ai proposé publiquement, dans le discours que j'ai prononcé le 12 septembre à la fête de L'Humanité, l'organisation d'une manifestation nationale pour l'emploi, contre les licenciements.

Je me permets de joindre à cette lettre l'extrait du discours formulant le sens, l'objectif et le contenu de cette proposition.

Il m'apparaît extrêmement important que les forces politiques de gauche et les forces sociales refusent la prétendue " fatalité " du chômage, de la précarité et de la déréglementation du travail comme conséquences inéluctables de la " modernité ". Et tout aussi important qu'elles marquent, ensemble, leurs attentes en matière de politique de l'emploi, et leur opposition résolue aux vagues de licenciements le plus souvent décidées par des groupes aux profits florissants.

Chacune dans son domaine, avec ses objectifs, ses propositions, ses formes d'intervention, ces forces s'expriment et agissent. Qu'elles unissent leurs efforts à l'occasion d'une manifestation nationale peut permettre de conforter les exigences populaires de grandes réformes permettant de combattre efficacement le chômage et la précarité, et d'avancer vers un plein emploi conforme aux possibilités de notre époque.

Loin de s'opposer ou de détourner à d'autres fins les initiatives prises par d'autres forces - notamment les organisations syndicales - cette initiative pourrait permettre de faire converger les attentes et les propositions. Elle serait utile au développement d'une grande politique au service de la création d'emplois en nombre significatif.

Il va de soi que sur la base d'une volonté commune en ce sens clairement indiquée, chacune des organisations participantes prendrait part à la manifestation avec ses mots d'ordre, ses propositions. J'ai indiqué, dans le texte ci-joint, celles que souhaite y porter le Parti Communiste.

Je me permets, par cette lettre, de renouveler auprès de vous ma proposition, en vous précisant, comme cela a déjà été fait - ou va être fait - au cours de contacts téléphoniques, que mes amis et moi-même sommes prêts, dans les heures qui viennent, à vous rencontrer pour exposer le sens de notre initiative, et en débattre avec vous.

Plusieurs organisations ont déjà fait connaître leur accord, ou leur désir d'examiner positivement notre proposition.

Il sera donc possible, dans les jours qui viennent, de réunir toutes les forces désireuses de lancer cette manifestation afin de déterminer ensemble le contenu, les formes, et la date.

Je veux, à ce propos, vous indiquer qu'aucune date n'a été ni ne sera décidée ou annoncée unilatéralement par le Parti Communiste. Il me semble cependant nécessaire de préciser qu'il nous faut éviter de la fixer " en concurrence " avec d'autres initiatives - par exemple syndicales - déjà engagées.

Mon sentiment personnel est qu'il serait opportun de l'envisager au cours des semaines qui vont être dominées par le débat parlementaire sur la réduction du temps de travail... Mais c'est ensemble que nous en déciderons.

Souhaitant que cette lettre contribue à éclairer le sens de notre proposition, dont l'annonce publique, est quelquefois présentée de façon sommaire ou inexacte, je me tiens personnellement à votre disposition si vous souhaitez que nous en discutions plus avant,

Je vous prie d'agréer mes salutations les meilleures.

Robert HUE

La réponse de Lutte Ouvrière

Par la présente, je confirme tout d'abord l'accord oral que je vous ai donné pour participer à la manifestation nationale dont vous avez pris l'initiative lors de la fête de L'Humanité le 12 septembre.

Nous sommes d'accord avec la conception de la manifestation telle que votre lettre l'expose, à savoir unir nos efforts et nos forces pour marquer ensemble une opposition aux licenciements, et chacun exprimant dans ce cadre " ses objectifs, ses propositions, ses formes d'intervention ".

Nous sommes prêts en conséquence à répondre positivement à votre appel à participer à co-organiser cette manifestation.

Je vous remercie d'avoir joint à votre lettre les extraits de votre discours qui résument l'optique dans laquelle vous prenez cette initiative et les mots d'ordre que vous comptez y défendre.

Pour notre part, nous comptons avancer dans cette manifestation les objectifs que je défends depuis plusieurs années et sur lesquels j'avais mis l'accent lors de la campagne de l'élection présidentielle et lors des élections européennes, notamment l'interdiction des suppressions d'emplois sous peine d'expropriation dans toutes les grandes entreprises qui font du profit et la reconnaissance du droit de contrôle des travailleurs et de la population sur les comptes et la gestion des grandes entreprises. Car on ne peut laisser aux monopoles financiers plus de pouvoirs et de possibilités d'intervention dans la vie du pays qu'aux citoyens, aux travailleurs et aux représentants qu'ils se choisissent.

Ces objectifs ne peuvent évidemment être atteints qu'en modifiant le rapport des forces entre les travailleurs et le grand patronat. Lionel Jospin, à propos de l'attitude provocante de Michelin, redécouvre en paroles la lutte des classes qu'il était le seul à croire disparue, car le grand patronat - Michelin comme tous les autres - n'a jamais cessé de mener une lutte permanente contre le monde du travail avec, pour résultat, le chômage que l'on sait, le développement de la précarité et l'aggravation des conditions d'existence de l'ensemble du monde du travail. Le chef du gouvernement ne peut mieux dire qu'il ne peut, ou ne veut, agir contre la dictature du capital financier.

Voilà pourquoi je considère et je souhaite que la manifestation que vous envisagez ne soit pas sans lendemain. Nous savons tous qu'une manifestation d'un jour, dont le patronat sait qu'elle n'aura pas de suite, n'est pas de nature à l'impressionner.

La manifestation n'aura de véritable signification qu'en étant une première étape dans un plan de mobilisation de l'ensemble du monde du travail, qui, en lui redonnant confiance dans les luttes, conforterait la conviction qu'ensemble, les travailleurs ont la force de faire reculer le patronat.

Par ailleurs, une telle manifestation aurait eu plus de poids si elle avait été accompagnée par un appel à une grève de 24 heures, permettant à une fraction plus large du monde du travail de montrer sa force. N'oublions pas que la grève de novembre-décembre 1995 s'est préparée au travers de journées d'action, de manifestations, de grèves partielles. Les travailleurs ne reprendront confiance dans la lutte que s'ils savent que ce n'est pas une manifestation symbolique sans lendemain, mais une répétition dans le cadre d'une véritable mobilisation.

Bien entendu, il est peut-être prématuré d'envisager un appel à la grève dès la première manifestation, mais il serait souhaitable d'annoncer, publiquement, la nécessité de s'y préparer dans un avenir proche. Bien sûr, on pourrait dire qu'un tel appel est plus du ressort des organisations syndicales que des partis politiques, mais c'est aussi le rôle de ces derniers de contribuer à montrer la voie.

Cela dit, nous participerons à cette manifestation, telle que vous l'envisagez, pour en faire à la fois l'affirmation de nos buts communs et l'expression de nos propres propositions.

C'est donc bien volontiers que j'accepte votre proposition de nous rencontrer afin de discuter de ces problèmes comme des modalités pratiques de cette action.

Je vous prie d'agréer mes salutations communistes.

Arlette LAGUILLER