La lutte de classe n'est pas enterrée17/09/19991999Journal/medias/journalnumero/images/1999/09/une-1627.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

La lutte de classe n'est pas enterrée

A la fête de L'Humanité, les invitations faites par la direction du PCF à Serge Dassault et à un général, qui est, paraît-il, quelque chose d'important dans l'état-major, à participer à un débat sur l'avenir de l'aéronautique française, ont fait flop, les invités en question ayant déclaré forfait. En revanche, le représentant du Medef, un dénommé Boisson, et un membre du cabinet d'Aubry, la ministre du Travail, tous deux invités au stand de L'Hebdo à " dialoguer " sur les 35 heures avec Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT, ne se sont pas récusés.

Aussi, quelques militants de la CGT ont saisi l'occasion pour interpeller l'un et l'autre : la réduction du temps de travail se limite à un effet d'affichage, tandis que la flexibilité des horaires en fonction des besoins patronaux est bien réelle ; par un accord signé qui concerne une partie du secteur social, le temps d'astreinte étant décompté du temps de travail dans un accord concernant une partie du secteur social, les 35 heures se traduisent par un allongement de la durée du travail ; quand un patron ne voudra pas appliquer les 35 heures prévues dans la loi, il pourra le faire aisément... Nombreux furent les griefs exprimés par les travailleurs présents. Et quand le membre du cabinet d'Aubry dut s'excuser de ne pas avoir répondu à tous les courriers individuels tellement ils étaient nombreux, il lui fut rétorqué que le ministère n'avait qu'à embaucher...

Quant à Maryse Dumas, tout en s'appuyant sur les interventions de la salle contre le patronat, elle se refusa à mettre en cause la deuxième loi Aubry, sous prétexte que celle-ci n'est qu'un projet. Elle appela à une journée d'action " pour que la loi sur les 35 heures aille dans le sens que nous voulons " et " pour que le Medef ne soit pas en tête-à-tête avec le gouvernement ". La responsable CGT oubliait volontairement le fait que, depuis le début de la discussion sur la loi Aubry, le patronat et le gouvernement sont cul et chemise pour imposer la flexibilité et accorder de nouvelles subventions aux patrons sous prétexte de 35 heures.

Cependant, son ton combatif contre le patronat avait impressionné la salle. Il faudra attendre le soir, sur TF1, pour découvrir qu'en coulisse, juste avant le débat, la secrétaire confédérale avait trinqué au champagne avec le représentant du Medef, elle " à la santé de la réduction du temps de travail et à l'embauche ", lui à celle " des entreprises françaises pour qu'elles gagnent des parts de marché sur les concurrents étrangers ". Le représentant du Medef avait le rire un peu crispé. Peut-être était-il conscient qu'il ne suffit pas de boire avec des dirigeants syndicaux pour faire passer des mauvais coups en douce.

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