Robert Hue parle de " réformes radicales "; oui, il est plus que temps d'imposer la volonté des travailleurs !17/09/19991999Journal/medias/journalnumero/images/1999/09/une-1627.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Robert Hue parle de " réformes radicales "; oui, il est plus que temps d'imposer la volonté des travailleurs !

Cette fois, le discours central de la fête de L'Humanité, le 12 septembre, tranchait quelque peu avec celui que les dirigeants du PCF tenaient ces derniers mois. Il était moins laudatif à l'égard de l'action gouvernementale, plus discret sur le nombre de mesures gouvernementales dont on reconnaissait " l'apport communiste ", pour reprendre les termes qu'avait utilisés Nicole Borvo, dans son discours de la fête de l'an passé. Certes Hue ne manqua pas de rappeler qu'il fallait apprécier " ce qui peut être positif dans tel ou tel domaine de l'action du gouvernement de gauche et ne pas bouder son plaisir lorsque les ministres communistes font la preuve de leur efficacité ", tout en se gardant de préciser à quoi il faisait allusion. Mais, haussant le ton, il a enchaîné : " Cela ne saurait conduire à être aveugle à ce qui se fait et sourd aux attentes fortes et pressantes qui s'expriment ; " car, dit-il, " rien ne pourra empêcher de dire haut et clair que l'on ne peut continuer à différer les réformes radicales nécessaires pour répondre vraiment et durablement à ces attentes ". Il proposa donc " d'imposer un moratoire sur tous les plans de licenciements "... " de donner aux salariés et à leurs organisations représentatives des droits nouveaux d'intervention dans la gestion des entreprises afin qu'ils puissent s'assurer que l'argent créé par leur travail soit investi non pas contre mais pour l'emploi et la formation "... " d'en finir avec le scandale des fonds publics pour l'emploi donnés aux entreprises, soit directement, soit sous forme d'exonérations diverses, et dont on ne contrôle pas l'utilisation "... " Demandons, exigeons " s'exclama-t-il, " que soit créée une commission nationale de contrôle de l'utilisation des fonds publics pour l'emploi ".

Ces propositions ne sont pas entièrement nouvelles. Déjà l'an passé, le PCF faisait signer une pétition, appuyée par une campagne d'affiches, exigeant que l'on instaure un moratoire sur les licenciements, pétitions et revendications dont on n'avait plus entendu parler. Déjà le PCF parlait d'instaurer le contrôle de l'utilisation des fonds publics. C'était il est vrai, avant la campagne des législatives, et la mise en place du gouvernement de la gauche plurielle qui a suivi. Comme quoi, il ne suffit pas de dire !

Et puis, si ces propositions ont le mérite de mettre le doigt sur des questions qui, pour reprendre les propos de Hue, correspondent à " des attentes fortes et pressantes ", elles ne vont pas au fond des choses. Un moratoire sur les licenciements, cela signifie que l'on demande au gouvernement d'agir pour faire différer ces plans. Pour quoi faire ? Pour se donner le temps d'en négocier les termes ? Ça n'est pas une mesure propre à mettre un coup d'arrêt à l'offensive permanente et générale du patronat ni même à se donner le temps de préparer la riposte. Pourquoi ne pas proposer carrément l'interdiction des licenciements, à commencer par les entreprises qui licencient tout en faisant et en déclarant cyniquement des profits ?

Imposer le contrôle de l'utilisation des fonds publics que le patronat empoche par centaines de milliards, et cela depuis des années - on lui promet d'autres milliards par le biais de la loi Aubry sur les 35 heures - c'est une exigence plus que légitime. Mais une commission nationale - composée par qui ? par des députés de tous bords, paritaire, par des partenaires sociaux ? - ne répondrait nullement à une telle exigence. Là encore, pourquoi ne pas proposer d'aller au fond des choses, en imposant la levée du secret bancaire et commercial qui permet de camoufler les magouilles du patronat, en mettant en place le contrôle des comptes des grands patrons et des gros actionnaires des grosses sociétés, non pas par une commission, mais par les travailleurs, les consommateurs, les usagers et leurs représentants ? Réformes radicales pour réformes radicales, pourquoi ne pas proposer de donner au monde du travail et à la population laborieuse les moyens de ne plus laisser les mains libres aux capitalistes ?

Pour ce faire, les discours les plus radicaux ne sont que des alibis s'ils ne se traduisent pas en action. Les spécialistes du verbe sont légion, et capables de tout dire, surtout lorsqu'ils ne sont plus aux affaires. A preuve les déclarations de Jack Lang, qui, à l'annonce des licenciements chez Michelin, a déclaré : " Face à cette vague de licenciements, nous ne pouvons nous contenter de propositions indignées, le moment des actes concrets est venu ". Oui, le moment des actes concrets est venu. Il y a même bien longtemps qu'il est à l'ordre du jour. Bien avant que le pitre Jack Lang ne feigne de s'indigner, histoire de taquiner ses " amis " du PS du gouvernement, alors qu'il en a été laissé à l'écart.

Oui, la question de la riposte se pose mais quelle riposte ? Hue a lancé un appel solennel " à toutes les forces de gauche, à toutes les forces sociales qui veulent agir ensemble contre le chômage, pour le plein emploi ". Il est plus qu'urgent d'agir. Et pas seulement contre le chômage, mais surtout contre ceux qui l'alimentent en multipliant les plans de licenciements, ces hommes du patronat à qui on laisse les mains libres, quand on ne les encourage pas en se faisant le partisan des opérations boursières de grande envergure, tel que le fait par exemple Strauss-Kahn.

Si une telle manifestation devait rester sans lendemain, si elle n'était qu'une manoeuvre destinée, de la part des dirigeants du PCF, à répondre " aux attentes fortes " de ses militants afin de les reprendre en main, en donnant le change, ce ne serait pas le point de départ d'une riposte qu'on est en droit d'attendre et que la situation exige impérieusement. Il faut souhaiter et tout faire pour que cette manifestation ne soit pas sans lendemain, un baroud d'honneur, comme cela a été trop souvent le cas dans le passé, et soit l'amorce d'une riposte qui, pour imposer la volonté des travailleurs au patronat, pour mettre un coup d'arrêt à ses mauvais coups, aille en s'amplifiant, dans la rue, mais en même temps dans les entreprises. Car les problèmes sont des problèmes généraux, qui touchent la classe ouvrière dans son ensemble.

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