Carrefour-Promodès : Quelle libre concurrence ?17/09/19991999Journal/medias/journalnumero/images/1999/09/une-1627.gif.445x577_q85_box-0%2C13%2C166%2C228_crop_detail.jpg

Leur société

Carrefour-Promodès : Quelle libre concurrence ?

Depuis que Carrefour et Promodès ont annoncé leur mariage prochain pour former le n° 2 mondial de la distribution, beaucoup de voix se sont élevées pour s'alarmer de cette fusion. Ainsi une étude a été publiée, indiquant que, dans 8 grandes villes au moins, les enseignes de Carrefour (qui possède aussi Picard) et de Promodès (Continent, Shoppi et Champion) représentent plus de 50 % des grandes surfaces alimentaires. L'Humanité a aussi dénoncé " la force de feu quasi incontrôlable du nouveau Carrefour, en position d'écraser ses fournisseurs et d'imposer les prix aux consommateurs ".

Dominique Strauss Kahn, lui, a même déclaré qu'il allait saisir le conseil de la Concurrence à propos de cette fusion. Le ministre des Finances a indiqué qu'il voulait vérifier " si, dans telle ou telle ville, ça crée des conditions de monopole. ". " Il ne faut pas de monopole, la gauche a toujours été contre, il faut regarder cela de très près. "

Qu'il n'y ait rien de bon à espérer de la naissance de ce géant de la distribution, ni pour les fournisseurs ni pour les consommateurs ou les salariés, c'est une évidence. Mais la saisine du conseil de la Concurrence et l'argumentation du ministre ne sont que de la poudre aux yeux.

Tout d'abord cette institution ne peut qu'émettre un avis consultatif et n'a strictement aucun pouvoir. Et surtout, faire croire que la " concurrence " entre les groupes de la distribution protège les petits producteurs et les consommateurs, c'est une mauvaise blague.

La concurrence, quand elle existe, joue de façon très marginale. Les Leclerc, Carrefour, Intermarché, Auchan et quelques autres requins de la distribution, sont bien trop conscients de leurs intérêts communs pour se faire la guerre des prix. Au contraire, ils savent depuis longtemps qu'ils ont tout intérêt à s'entendre, à se mettre d'accord sur les tarifs auxquels ils achètent leurs marchandises et les revendent aux clients. Leur concurrence est du même acabit que celle des stations-service sur l'autoroute : on change de marque (Elf, Total etc.) tous les 30 km, mais curieusement le prix de l'essence a toujours tendance à s'aligner au centime près... vers le haut !

La seule garantie pour que consommateurs et fournisseurs ne soient pas arnaqués serait que toute la distribution soit sous le contrôle des salariés et des consommateurs. Qu'il y ait une véritable transparence des prix, des profits et de la qualité des produits.

Alors qu'il y ait un " monopole ", ou 2, 3, 4 enseignes différentes, cela ne change rien. La vraie question est : qui contrôle et ordonne. Les capitalistes, les actionnaires, ou bien les travailleurs et consommateurs ?

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