Russie : combattre Poutine, la bureaucratie et les capitalistes06/03/20242024Journal/medias/journalnumero/images/2024/03/2901.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Russie : combattre Poutine, la bureaucratie et les capitalistes

Vendredi 1er mars, des milliers de Moscovites ont tenu à être présents aux obsèques de l’opposant Alexeï Navalny, décédé en prison dans des conditions plus que suspectes. Les autorités n’ont donc pas réussi à empêcher qu’elles offrent à des opposants à Poutine l’occasion d’apparaître publiquement et en nombre.

Certes, on ne peut comparer cette foule aux 50 000 personnes qui avaient manifesté, il y a neuf ans, lors des obsèques d’un autre opposant en vue, Boris Nemtsov, abattu à deux pas du Kremlin. Mais le contexte est bien différent. Depuis le début de la guerre, le régime russe a instauré de fait une loi d’exception pour neutraliser toute voix discordante. Les accusations d’extrémisme, de dénigrement de l’armée, et les lourdes condamnations qui s’en suivent se multiplient.

Des « Non à la guerre ! » ont retenti dans la foule qui attendait le cercueil. Nul doute que les nombreux indics et policiers ont filmé les présents, surtout ceux qui osaient clamer ce qu’ils pensent de ce régime et de sa guerre.

Les médias russes n’avaient bien sûr rien dit du lieu, du jour et de l’heure de l’enterrement. Les autorités n’avaient rendu le corps à la famille qu’une semaine après le décès, dans le Grand Nord, donc loin des observateurs. Elles avaient aussi donné ordre aux pompes funèbres de ne pas lui fournir rapidement de cercueil – à moins que des sous-fifres voulant se faire bien voir aient pris l’initiative de cette obstruction. Dans un milieu plutôt favorable à Navalny, l’université, le pouvoir en a aussi profité pour exiger, ici ou là, des étudiants qu’ils déclarent leur soutien à Poutine… C’était bon pour l’élection présidentielle du 17 mars, et dissuasif pour l’enterrement !

Il s’agissait donc de faire que peu de monde puisse ou veuille venir au cimetière, situé dans un quartier excentré de Moscou. De plus, l’heure fixée, celle de la sortie des entreprises, excluait des travailleurs qui auraient souhaité faire acte de présence.

Ce sont donc surtout des petits bourgeois, dont des intellectuels de tout âge, qui se sont retrouvés au cimetière. Les circonstances de la mort de Navalny ont pu faire que des travailleurs éprouvent de la sympathie pour lui, au moins en tant que personne. Mais c’est avant tout la petite bourgeoisie urbaine qui se retrouvait dans ses idées, son combat pour un « capitalisme honnête » et contre le « pouvoir des bandits ».

Cette petite bourgeoisie voyait en lui la promesse d’un régime débarrassé de la corruption, donc des parasites installés aux postes de commandement, du Kremlin jusqu’au bas de la pyramide du pouvoir. Pourquoi leur faut-il partager les profits de leur entreprise avec ces gens-là ? Ce que défendait Navalny était la perspective très concrète pour les bourgeois petits et grands d’élargir leur part de gâteau. Que cela puisse se réaliser, c’est une autre affaire.

Des oligarques russes, Potanine, Prokhorov, Aven, Fridman ont pu soutenir Navalny. Mais comme sa politique peut impliquer des « désordres sociaux » menaçant leur position et leur fortune, pour eux, le mieux est l’ennemi du bien. Alors ces membres du « capitalisme oligarchique » que fustigeait Navalny préfèrent encore s’en remettre à Poutine et à sa poigne, car ils savent ce qu’ils lui doivent.

Si ses dénonciations des turpitudes du régime ont valu une popularité à Navalny au-delà des milieux d’affaires, il s’est bien gardé de jamais indiquer aux travailleurs ce que l’organisation de la société qu’il prônait pourrait leur apporter. Et pour cause : elle n’annonce au mieux qu’un changement de maîtres, pas la fin de l’exploitation et de l’oppression.

Il reste donc à combattre à la fois le régime de Poutine, la bureaucratie, les oligarques et tous les capitalistes. Et cela ne viendra pas de celui ou celle qui prendra la place de Navalny : c’est l’affaire de la classe ouvrière.

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