En Algérie, le pouvoir face aux manifestations de solidarité avec les Palestiniens01/11/20232023Journal/medias/journalnumero/images/2023/11/2883.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

guerre au moyen-orient

En Algérie, le pouvoir face aux manifestations de solidarité avec les Palestiniens

En Algérie, alors que le pouvoir se targue d’être un soutien historique et sans faille à la cause palestinienne, il a fallu attendre le jeudi 19 octobre pour qu’il autorise des manifestations de soutien à celle-ci. Mais, face à l’émotion provoquée par les images en provenance de Gaza et pour canaliser une colère qui risquait de devenir incontrôlable, le gouvernement a dû lâcher du lest.

Depuis le début de la nouvelle guerre, comme dans tous les pays arabes, la population algérienne est connectée sur Gaza et ce qui se passe dans les pays voisins et au Moyen-Orient. Dès le 13 octobre, suite à des appels à manifester relayés sur les réseaux sociaux, des rassemblements non autorisés ont eu lieu à Djelfa, Laghouat ou Sétif. À Alger, dans le quartier très populaire d’El Harrach, une manifestation a eu lieu dans l’enceinte de la mosquée, accompagnée de chants islamistes. D’importants dispositifs policiers déployés sur des places stratégiques et près des lieux de prière ont contenu et dispersé ces rassemblements.

Dans la nuit du 17 octobre, après les bombardements sur l’hôpital Al Ahly de Gaza, d’importantes manifestations spontanées ont eu lieu à Oran et Laghouat. Confronté à l’émotion grandissante et sous le feu de la critique des islamistes, le gouvernement a finalement autorisé une manifestation jeudi 19 octobre. Le syndicat UGTA ainsi que de nombreuses forces politiques s’en sont faits les relais, du FLN à des partis tels que le FFS, en passant par les partis islamistes (MSP, Taj et Islah).

À Alger, cette manifestation a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes des heures durant. Bien que très encadrés par des associations étudiantes, des partis et des syndicats, les manifestants n’étaient pour la plupart affiliés à aucune de ces organisations très visibles. La présence massive des femmes était notable, tout comme celle de la jeunesse étudiante et lycéenne. La plupart des manifestants étaient contents de pouvoir exprimer au monde leur solidarité avec la population palestinienne, avec des pancartes écrites en arabe et en anglais. Les slogans les plus repris étaient « Free Palestine », « L’armée et le peuple avec Gaza ». « Ouvrez les frontières, on va libérer la Palestine ! » Seule une petite minorité des manifestants se trouvait dans les cortèges des partis islamistes, où étaient lancés des slogans antijuifs. Arrivés devant le Parlement, de jeunes supporters du club de Bab el Oued ont repris un des slogans du mouvement de protestation de 2019, le Hirak : « Vous avez pillé le pays, bande de voleurs ! »

Avec les bombardements à Gaza, le pouvoir algérien est sur le qui-vive, comme tous les dirigeants des pays arabes. Les uns et les autres sont en fait plus inquiets des réactions au sein de leur propre population que du sort des Gazaouis. En signe de deuil, le gouvernement a décrété l’annulation de tous les festivals prévus et festivités habituelles qui, chaque année autour du 1er novembre, commémorent le déclenchement de la guerre d’indépendance en 1954.

Le gouvernement a surtout annulé jusqu’à nouvel ordre la totalité des compétitions sportives. Un coup dur pour les supporters de football, qui avaient confectionné d’immenses banderoles en soutien à la Palestine, qu’il se préparaient à arborer lors des futurs matchs. Instruit par l’expérience du Hirak, le pouvoir veut éviter que les lieux culturels ou les stades deviennent des foyers de contestation et battent en brèche les restrictions aux libertés qu’il continue, pour l’instant, à imposer.

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