Logement : une crise permanente04/10/20232023Journal/medias/journalarticle/images/2023/10/P5-1_Droit_au_logement_manifestation_a_Toulouse_en_2022_C_DAL_31.jpg.420x236_q85_box-0%2C4%2C800%2C453_crop_detail.jpg

Leur société

Logement : une crise permanente

« La pénurie de logement est une bombe sociale » a déclaré Édouard Philippe, ancien Premier ministre de Macron. « Il faudrait produire 518 000 logements par an jusqu’en 2040 », selon Emmanuelle Cosse, présidente de la fédération des HLM et ancienne ministre du Logement.

Illustration - une crise permanente

La pénurie de logements accessibles aux classes populaires, quasi permanente, ne cesse de s’aggraver. Il manque des nouveaux logements, ceux qui existent sont de plus en plus chers et des millions de personnes ne peuvent plus payer un loyer ou les traites de leur crédit immobilier.

Selon la fondation Abbé-Pierre, aujourd’hui en France quelque 12 millions de personnes sont contraintes de rester dans des appartements trop petits, mal isolés, mal situés, ou de cohabiter avec leurs parents, même en couple. Plus de 4 millions de personnes sont carrément sans logis ou logés sans eau courante, sans cuisine ou sans WC intérieur.

Les promoteurs immobiliers privés construisent moins de logements, de type social ou pas, qu’il serait nécessaire pour faire face à l’augmentation de la population. Et ceux qu’ils construisent sont inaccessibles aux plus modestes. Certains maires sont réticents à délivrer des permis, pas seulement pour des logements sociaux car, faute de financement, ils rechignent à construire des écoles, des crèches et autres infrastructures pour accueillir les nouveaux résidents. Dans les grandes villes ou les régions touristiques, comme la Bretagne, les propriétaires gagnent plus d’argent en louant aux touristes, sous forme d’Airbnb, plutôt qu’à des locataires permanents, qui ne trouvent rien à louer.

Les budgets alloués par l’État au logement social sont en baisse. Moins de 90 000 logements de type HLM ont été construits en 2022, contre 125 000 en 2017. Et pourtant 2,4 millions de ménages sont actuellement inscrits sur des listes d’attente pour un logement de type HLM.

Même les lois supposées protéger les locataires, comme la loi « climat et résilience » qui interdira de louer des passoires thermiques à partir de 2025, peuvent aggraver la pénurie. Ainsi un grand nombre de propriétaires, par choix ou faute d’en avoir les moyens, préfèrent ne plus louer plutôt que d’engager de coûteux travaux de rénovation. Le principal effet de cette loi ne sera pas de lutter contre le gâchis énergétique, mais de réduire encore l’offre de location et de favoriser les marchands de sommeil sans scrupule.

La part du revenu des ménages populaires consacrée au logement atteint désormais 35 % en moyenne. Mais, en région parisienne et dans quelques régions en tension, cette part peut dépasser la moitié du revenu. D’un côté les salaires sont bloqués, de l’autre le prix des logements flambe. Avec la montée des taux d’intérêt décidée par les banques centrales, l’accès au crédit se referme pour des millions de ménages, et pas les plus modestes, qui ne peuvent plus acheter. Un effet déjà visible est le ralentissement du marché de l’immobilier : avec des prix en baisse, les propriétaires ne vendent plus, ce qui aggrave la pénurie de logements disponibles.

En parlant de « bombe sociale », Édouard Philippe prédit une catastrophe. Comme le pain, les logements sont produits pour être vendus. Ceux qui n’ont pas de quoi payer dorment dehors, quand bien même ils sont indispensables à la société. Il n’y a pas de solution à la question du logement tant que celle-ci sera soumise à la loi du marché, c’est-à-dire à la loi du profit et à la propriété privée.

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