Kosovo : l’autre poudrière en Europe04/10/20232023Journal/medias/journalnumero/images/2023/10/2879.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Kosovo : l’autre poudrière en Europe

Le 24 septembre, le Kosovo, ancienne province de la Yougoslavie avant son éclatement, coincé entre l’Albanie et la Serbie et indépendant depuis 2008, a été de nouveau le théâtre de violents affrontements.

L’attaque menée par des miliciens serbes dans le nord du Kosovo s’est soldée par la mort d’un policier kosovar d’origine albanaise et de cinq miliciens serbes. Les États-Unis ont réagi en appelant la Serbie à retirer les troupes qu’elle avait massées à la frontière du Kosovo et ont annoncé un renforcement de la présence militaire de l’OTAN

Les tensions entre Serbes et Albanais dans cette région sont récurrentes. 120 000 Serbes vivent dans ce pays à majorité albanaise, dont 40 000 dans le nord du pays où ils sont majoritaires. La Serbie n’a jamais reconnu l’indépendance de son ancienne province et son président, Aleksandar Vucic, se fait le défenseur des Serbes kosovars. Quant au Premier ministre kosovar, Albin Kurti, il rend toujours plus difficile la vie de la minorité serbe. La rhétorique nationaliste de chaque camp ne cesse d’envenimer les relations entre les populations serbe et albanaise, qu’un fossé sépare depuis vingt-cinq ans. La ville de Mitrovica, au nord du pays, coupée entre une partie nord habitée par des Serbes, et une partie sud habitée par des albanophones, en est le symbole.

Au-delà du Kosovo, la région des Balkans tout entière est une poudrière, et depuis longtemps. L’éclatement de la Yougoslavie conduisit à une guerre qui, de 1991 à 1995, fit au moins 130 000 victimes. Les dirigeants nationalistes des républiques de Serbie, de Croatie et de Bosnie, appuyés chacun par les grandes puissances européennes suivant leurs intérêts, se taillèrent des fiefs indépendants dans la Yougoslavie, en montant les uns contre les autres des peuples qui y vivaient jusqu’alors entremêlés. Les accords de Dayton, signés en décembre 1995 sous l’égide des États-Unis, mirent fin aux combats, mais entérinèrent une politique d’épuration ethnique qui allait se poursuivre, prolongeant un découpage réalisé sur le terrain à coups de massacres et de déplacements de population.

Les accords de Dayton, rendant la situation intenable pour des peuples plus ou moins coincés dans des ghettos ethniques, contenaient tous les éléments de futurs embrasements. Un an après Dayton, éclatait la guerre au Kosovo opposant cette fois l’armée de libération du Kosovo, l’UCK, à la Serbie. Le président serbe de l’époque, Milosevic, qui pensait que les Albanais, pourtant majoritaires au Kosovo, devaient en être chassés, se lança dans une nouvelle guerre en mars 1998 : 700 000 Kosovars furent déplacés de force vers l’Albanie et la Macédoine voisines. Les puissances impérialistes, et en premier lieu les États-Unis, le laissèrent agir dans un premier temps. Milosevic refusant de rentrer dans le rang, le 24 mars 1999 l’OTAN bombarda la Serbie et le Monténégro durant 78 jours. Des centaines de civils furent tués, des centaines de milliers durent fuir. Des exactions furent commises par les militaires et paramilitaires serbes contre les populations albanaises du Kosovo, puis par les nationalistes kosovars contre les populations serbe et tzigane.

Les dirigeants serbe, croate et bosniaque, Milosevic, Tudjman et Izetbegovic, qui avaient entraîné leurs populations dans la guerre en attisant les haines nationales, sont morts. Mais leurs héritiers politiques continuent à entretenir les mêmes brûlots. Pourtant ils ne sont pas les seuls fauteurs de guerre, aujourd’hui comme hier. En ce domaine, le rôle des puissances impérialistes est décisif. Depuis plus d’un siècle et demi, hormis durant une quarantaine d’années du temps de la Yougoslavie titiste et du bloc soviétique qui avaient temporairement permis une certaine coexistence entre ces peuples, les dirigeants européens et américains interviennent dans cette partie de l’Europe pour imposer leur influence économique et politique. Cela était vrai bien avant le début de la guerre en Ukraine, mais cela l’est encore davantage depuis son déclenchement.

Rien n’a donc été réglé depuis vingt-cinq ans. La mosaïque de peuples des Balkans est toujours soumise à une situation invivable. Il ne peut en être autrement sous l’impérialisme. Une véritable liberté des peuples est inconcevable sans leur libération sociale, donc sans le renversement de ce système de domination.

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