Chine : entre guerre commerciale et crise immobilière30/08/20232023Journal/medias/journalnumero/images/2023/09/2874.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Chine : entre guerre commerciale et crise immobilière

Lundi 28 août, le promoteur immobilier Evergrande, dont la cotation en Bourse était suspendue depuis 2021, a vu le cours de son action chuter de 90 % à Hong Kong. Evergrande a annoncé une perte de 4,5 milliards de dollars au premier semestre 2023.

La crise de l’immobilier, démarrée en Chine il y a deux ans, alimente l’inquiétude de tous les capitalistes de la planète.

Elle est la conséquence de la spéculation effrénée qui s’est largement développée après la crise de 2008, quand l’État chinois, comme tous les États du monde, a relancé son économie à coups de centaines de milliards. Pour financer leurs projets de construction, les promoteurs et les gouvernements provinciaux s’endettaient toujours davantage.

Tout cela a fonctionné tant que le marché était en expansion et que les prix montaient. Avec le retournement du marché, de nombreux promoteurs se sont retrouvés dans l’incapacité de rembourser leurs créanciers et de finir les constructions. Parmi eux, Evergrande, dont dépendaient, il y a deux ans, plus de trois millions de travailleurs, avait accumulé 300 milliards d’euros de dette. Aujourd’hui, c’est Country Garden, un autre géant de l’immobilier, qui semble suivre la même voie.

La crise s’étend au secteur financier, rongé lui aussi de dettes : en août, Zhongrong, l’une des plus grandes banques de Chine impliquée dans le financement de l’immobilier, a été dans l’incapacité de payer à ses clients les revenus de douzaines de produits financiers.

La crise du secteur immobilier n’est que la partie visible d’une économie qui s’enfonce dans le marasme. Après le Covid, l’économie n’a pas redémarré. En raison de la stagnation des économies européennes depuis le début de la guerre en Ukraine et de la guerre commerciale que lui livrent les États-Unis, la Chine, « atelier du monde », a du mal à exporter. Depuis 2018, de nombreux produits chinois sont taxés par les États-Unis de droits de douane de plus de 15 %, d’autres sont interdits à la vente sur le sol américain. La Chine n’a plus accès aux technologies les plus avancées et une partie de l’industrie s’est délocalisée vers les pays voisins, au Vietnam et à Taïwan entre autres.

Les travailleurs chinois payent le prix fort de cette crise. Selon les statistiques officielles, le chômage des jeunes urbains a atteint des records, 21 % en juin, au point que l’État chinois a décidé de ne plus publier cette statistique. Mais ce chiffre officiel ne prend pas en compte les centaines de millions de migrants de l’intérieur, les mingongs, dont une partie n’a trouvé comme solution que de quitter les grandes zones industrielles où ils ne trouvent plus d’emploi. La consommation intérieure est en baisse provoquant une chute des prix qui met en difficulté le reste de l’économie.

En s’appuyant sur une montagne de dettes, sur la spoliation des terres des paysans et sur l’exploitation de dizaines de millions de travailleurs, la construction immobilière a largement contribué à l’émergence d’une riche bourgeoisie chinoise. Mais elle a aussi permis à la bourgeoisie occidentale de retrouver des couleurs dans les années 2010, quand la Chine était l’eldorado où tout capitaliste devait investir pour profiter de la manne chinoise.

Aujourd’hui, les dirigeants occidentaux s’inquiètent de voir l’économie chinoise entrer dans une crise qui pourrait les atteindre. Biden a ainsi déclaré que l’économie chinoise est une « bombe à retardement », en fait une bombe que les États-Unis contribuent à fabriquer en menant leur guerre économique… Et quand Biden ajoute que « quand les personnes mauvaises ont des problèmes, elles font des mauvaises choses », c’est pour mieux justifier l’agressivité de l’impérialisme américain envers son concurrent chinois, qu’il a décidé de brider, et contre lequel il se prépare à la guerre, la vraie.

Partager