Lyon – Turin : une ligne qui fait des dégâts21/06/20232023Journal/medias/journalnumero/images/2023/06/2864.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Lyon – Turin : une ligne qui fait des dégâts

Samedi 17 juin, plusieurs milliers de manifestants se sont retrouvés dans la vallée de la Maurienne pour affirmer leur opposition à la construction de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin.

Lancé en 1992, le projet, devenu à partir de 2005 un chantier pharaonique et coûteux, suscite la colère de mouvements écologistes et d’habitants, qui en dénoncent les dangers autant que les incohérences.

La manifestation avait été interdite sous prétexte de possibles débordements et des dizaines de manifestants italiens avaient été empêchés de passer la frontière. Malgré tous ces obstacles, 3 000 à 5 000 personnes ont manifesté, reprenant le drapeau « No tav » (Non au train à grande vitesse, en italien) des opposants italiens à la ligne ferroviaire.

L’opposition à la ligne Lyon-Turin s’est effectivement développée en Italie dès 2005. Elle a donné lieu à une véritable mobilisation populaire, regroupant les habitant de la vallée de Suse, mais aussi des jeunes, des travailleurs venus de Turin. Les cortèges coupant la circulation sur l’autoroute, les occupations de chantier, les manifestations, regroupant pour certaines des dizaines de milliers de personnes, se sont succédé.

Il s’agissait de protester contre les dégâts sur l’environnement et les nuisances pour les habitants de cet énorme chantier dans une vallée étroite où passent déjà une autoroute, des routes secondaires fréquentées et où, comble de l’ironie, existe déjà une ligne ferroviaire sous-utilisée. Les manifestants protestaient aussi, et peut-être surtout, contre un projet imposé d’en haut, sans concertation et sans tenir compte de leurs besoins, à commencer par l’amélioration des liaisons ferroviaires locales, les habitants de la vallée étant nombreux à aller travailler à Turin.

Au fil des ans, ceux qui veulent faire passer les opposants pour des réactionnaires hostiles à tout progrès n’ont pas lésiné sur les arguments mensongers, du prix « contenu » au « grand intérêt écologique ». En ce qui concerne le coût, estimé à 12 milliards d’euros en 2002, il était déjà réévalué à plus de 26 milliards en 2012. Par rapport aux estimations initiales, le coût du seul tunnel, avec près de 162 kilomètres de galeries à creuser, a augmenté de 85 %, note le rapport de 2020 de la Cour des comptes européenne !

Même mensonge quant à l’aspect écologique : la nouvelle ligne était présentée comme la fin des norias de poids-lourds passant sur l’autoroute, grâce aux trains de marchandises. Pourquoi ne pas les faire passer sur l’ancienne ligne, dont les tunnels et autres ponts et viaducs sont déjà réalisés, en la modernisant ? À en croire les études de 2001 de la société en charge du TAV, le trafic marchandise de l’ancienne ligne devait être saturé dès 2010, ce qui aurait rendu la nouvelle ligne à grande vitesse obligatoire. Or, non seulement il n’y a pas de saturation de l’ancienne ligne, mais la circulation de marchandises y est même en baisse !

Côté français, la Cour des comptes relevait dès 2003 que le choix de réaliser une nouvelle ligne avait été fait sans examiner « de manière approfondie d’autres solutions alternatives, moins coûteuses, qui ont été écartées ». « Si les milliards pleuvent, c’est que quelqu’un en profite », faisait remarquer un manifestant en vallée de Maurienne. C’est bien pour profiter de cette manne que les politiciens locaux favorables au Lyon-Turin réclament à grands cris que le gouvernement s’engage sur le tracé de la ligne entre Lyon et Saint-Jean-de-Maurienne, qui n’est pas encore arrêté. Ils veulent pouvoir commencer à parler affaires localement. Nul doute que ces revendications-là seront entendues par le gouvernement, dont les grands travaux, quel que soit l’enrobage servi à la population, servent d’abord les intérêts de la bourgeoisie grande et petite.

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