Afrique : vers une crise de la dette21/06/20232023Journal/medias/journalarticle/images/2023/06/P9-2_Dette_afrique_ok_Lupo.jpg.420x236_q85_box-0%2C173%2C450%2C427_crop_detail.jpg

Dans le monde

Afrique : vers une crise de la dette

La remontée des taux d’intérêt des banques centrales occidentales, parce qu’elle renchérit le coût de tous les emprunts et permet aux financiers de durcir les conditions auxquelles ils acceptent de prêter, menace plusieurs États africains.

Illustration - vers une crise de la dette

Ces États sont loin d’être les plus endettés au monde. Ainsi la dette des 48 pays d’Afrique subsaharienne représente 57 % de leur PIB, bien loin des niveaux d’endettement des États-Unis (120 % du PIB) ou de la France (100 %). Ces mêmes pays remboursent chaque année en intérêts 21 milliards de dollars, la somme qui a été mise sur la table en une seule nuit pour renflouer la Silicon Valley Bank en Californie ! Et pourtant, ces États peinent à renouveler leurs emprunts, les agences de notation liées aux banques dégradant leur note. Huit États, dont l’Éthiopie, le Kenya, le Congo-Brazaville, sont jugés en surendettement par le FMI, tandis que la Zambie et le Ghana ont déjà fait faillite.

La faillite et le sur- endettement obligent les gouvernements à se tourner vers le FMI ou la Banque mondiale pour obtenir un étalement ou une réorganisation de leur dette. La contrepartie exigée est toujours dramatique : réduction des subventions aux produits alimentaires de base, instauration de taxes et d’impôts, licenciement de milliers de fonctionnaires, concession à des groupes occidentaux d’infrastructures portuaires, d’usines ou de mines nationales. Ce régime sévère a saigné la population de plusieurs pays africains dans les années 1980-1990.

Les créanciers du continent africain, à 60 % des banques et autres organismes financiers privés, comme JP Morgan ou Black Rock, et à 40 % des États, font aujourd’hui les difficiles pour continuer à prêter. Dans cette période de crise, alors que les échanges internationaux ont ralenti, ils veulent moins encore que par le passé investir dans des infrastructures ou des usines. Même la Chine, qui détient seulement 8 % de la dette des États africains mais était présentée sans rire par les commentateurs occidentaux comme la nouvelle sangsue de l’Afrique, a réduit ses prêts et ses projets.

La remontée des taux d’intérêt en Europe et aux États-Unis incite les financiers à prêter d’abord aux États impérialistes, qui mobilisent des milliers de milliards de dollars au nom de la transition énergétique et de la relocalisation pour arroser leurs capitalistes. Avec des taux de plus en plus élevés, même quand ils ne sont pas menacés de faillite, les États africains doivent consacrer une part de plus en plus grande de leur budget à rembourser leur dette, autant d’argent qui manque cruellement pour la santé ou l’éducation.

Les 22 et 23 juin, Macron organisait à Paris un « sommet pour un nouveau pacte financier mondial », pour discuter justement de la dette des pays pauvres confrontés, en plus, aux effets du réchauffement climatique. Sa préoccupation est d’éviter la faillite des banques occidentales. La population africaine, sommée de payer une dette qui enrichit les financiers de toute la planète, ne peut attendre que de nouveaux coups des dirigeants impérialistes qui prétendent alléger son fardeau.

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