Fraude sociale : une campagne politique contre les travailleurs14/06/20232023Journal/medias/journalnumero/images/2023/06/2863.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Fraude sociale : une campagne politique contre les travailleurs

La méthode du gouvernement dans sa campagne contre la fraude sociale est invariable : publier les comptes d’organismes sociaux ou émanant de services de l’État faisant état de fraudes et laisser entendre, sous la rubrique fraude sociale, que la mère célibataire vivant en couple, le chômeur volontaire, le retraité retourné au pays ou la veuve cumulant les pensions de réversion ruinent la société.

Le dernier chiffre claironné est ainsi celui des fraudes « record » de la Caisse nationale d’allocations familiales, soit 351,4 millions d’euros. Pourtant, dans le département de l’Aisne par exemple, si les fraudes découvertes par la Caisse se montent à 4,5 millions d’euros, leurs propres erreurs ont fait perdre 4 millions aux allocataires. Et, comme partout, un tiers des personnes ayant droit à une aide ne la réclament pas, l’économie qui en résulte excède, et de loin, les prétendues fraudes, c’est-à-dire bien souvent les oublis des allocataires.

La véritable fraude sociale, comme la vérité, est ailleurs. Le gouvernement lui-même donne les chiffres. Il y aurait 8 milliards d’euros de prélèvements sociaux manquants à cause de ce qu’il appelle le travail informel. Cela recouvre toutes les formes, légales, semi-légales, illégales et ubérisées du travail au noir, sans assurance, sans couverture et sans caisse de retraite. Cette fraude, les travailleurs n’en sont pas les coupables mais les victimes. Les responsables sont les employeurs, de la multinationale aux multiples sous-traitants jusqu’au margoulin de sous-préfecture et, évidemment, le gouvernement qui la protège comme il protège l’exploitation du travail.

Le même gouvernement, par la bouche du ministre des Comptes publics, parle de traquer les fausses déclarations d’accident de travail. Mais il ne peut pas y avoir de telles fausses déclarations sans l’accord et même la signature de l’employeur et aucun ne le fait pour les beaux yeux de l’ouvrier. Et, surtout, la norme en matière d’accident de travail est plutôt la non-déclaration, dans les cas les moins graves, et dans tous les cas lorsqu’il s’agit de travailleurs sans papiers ou sans contrat.

Enfin, lorsqu’un larbin gouvernemental des riches parle de fraude, il devrait tourner sept fois sa langue dans sa bouche, le temps de se souvenir que lui et ses semblables couvrent et organisent la fraude fiscale, soit de 80 à 100 milliards d’euros offerts tous les ans aux plus riches.

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