Ni députés, ni chefs syndicaux : aux travailleurs de décider22/02/20232023Journal/medias/journalnumero/images/2023/02/2847.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Ni députés, ni chefs syndicaux : aux travailleurs de décider

« Spectacle honteux et désolant à l’Assemblée » (Laurent Berger de la CFDT) ; « en empêchant l’examen de l’article 7, LFI a voulu s’approprier le mouvement social » (Philippe Martinez de la CGT) : les deux chefs de l’intersyndicale ont dénoncé avec virulence l’obstruction des députés de la Nupes.

Il faut dire que le spectacle donné pendant quinze jours à l’Assemblée nationale, par tous les députés, est édifiant. Entre les macronistes, qui ont limité la durée des débats et n’ont cessé de mentir comme des cochons, les députés LR qui ont marchandé chaque ligne pour mieux soutenir la réforme, les RN qui prétendent s’opposer mais dénoncent la grève et les manifestations, et la Nupes qui a déposé près de 20 000 amendements pour empêcher l’examen du projet, ce cirque aura convaincu les travailleurs qui en doutaient encore que rien d’utile pour eux ne peut sortir du Parlement.

Mais ce n’était pas la raison du courroux des chefs syndicaux. Au contraire, en opposant « les manifestants qui défilent de façon responsable contre les 64 ans » au « comportement des députés LFI », Berger et Martinez laissent entendre que le Parlement aurait pu modifier la loi, si les débats avaient été plus sereins. Pour eux, comme pour les députés de gauche d’ailleurs, les manifestations servent à faire pression sur le gouvernement et sur l’Assemblée pour qu’ils acceptent amendements et concessions. Ils se gardent bien de dire aux travailleurs qu’ils ne peuvent compter que sur leur force collective, sur leur poids dans l’économie pour défendre leurs intérêts, et sûrement pas sur les institutions, les élus de la République ou les tribunaux. Les chefs syndicaux, quant à eux, aspirent à retrouver leur place, réduite par Macron, d’avocats officiels des travailleurs auprès du gouvernement.

Martinez l’a formulé d’une autre façon, en reprochant à Mélenchon et aux députés LFI de vouloir « faire passer les organisations syndicales au second plan ». Le mouvement contre la réforme des retraites, parce qu’il « ressemble à la CFDT » comme l’a dit Laurent Berger, c’est-à-dire qu’il ne déborde pas, à ce jour, le cadre et le rythme fixés par l’intersyndicale, permet à celle-ci de montrer au gouvernement son utilité. Les chefs syndicaux ne veulent pas se laisser voler la lumière par les politiciens, fussent-ils de gauche.

Pour défendre leurs intérêts, pour empêcher ce recul sur la retraite ou pour ne pas tomber dans la pauvreté, les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes. Ils doivent engager la lutte contre les capitalistes, donneurs d’ordres de Macron, et doivent se donner les moyens de la diriger eux-mêmes par l’intermédiaire d’assemblées générales et de comités de grève élus démocratiquement. C’est aux travailleurs mobilisés, et à eux seuls, de décider de leur lutte.

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