Lycées : face au matraquage de Blanquer05/02/20202020Journal/medias/journalarticle/images/2020/02/P10_Blanquer_OK_Lupo.jpg.420x236_q85_box-0%2C216%2C560%2C531_crop_detail.jpg

Leur société

Lycées : face au matraquage de Blanquer

Depuis la rentrée de janvier, le gouvernement fait face à une mobilisation croissante d’enseignants, de parents d’élèves et de lycéens contre l’application de la réforme du baccalauréat imposée par Blanquer.

Illustration - face au matraquage de Blanquer

Les établissements ont été sommés par le ministre de faire passer, avant les vacances de février, pour les classes de première, des « épreuves communes de contrôle continu » (E3C) en vue du bac.

Cette réforme, largement destinée à économiser des moyens sur le dos des personnels, entraîne une surcharge importante de travail, sans aucun bénéfice pour les élèves. Elle accentue aussi l’inégalité entre les établissements, puisque les sujets choisis et les conditions de correction diffèrent suivant les établissements.

Mais, à vrai dire, toute l’organisation de l’épreuve montre le parfait mépris du ministre pour les enseignants et lycéens. Une banque nationale de sujets, censée être confidentielle, a été rendue accessible depuis le 10 décembre sur les réseaux sociaux sans que cela émeuve les rectorats. Bon nombre de sujets imposés dans certains établissements comportaient des erreurs et ne correspondaient pas aux parties du programme traitées par les enseignants.

Face à cette mascarade, personnel, lycéens et parents d’élèves se sont mobilisés pour obtenir l’annulation des épreuves.

La réponse du ministère a été d’injurier et de sanctionner ceux qui s’opposaient. Le 19 janvier, Blanquer dénonçait les enseignants qui « perturbaient les choses » et ajoutait : « 99,9 % des enseignants sont d’accord avec ce que je viens de dire ». D’où la floraison, dans les manifestations et les rassemblements, de pancartes : « Je suis 0,1 % ». Le recteur d’Aix-Marseille, dans une lettre aux proviseurs rendue publique le 22 janvier, exigeait quant à lui la délation vis-à-vis des enseignants : « La manipulation des élèves (tracts, classes transformées en réunions syndicales…) est une faute caractérisée et une violation de la déontologie de l’enseignant. » Sans doute nostalgique de Pétain, il menaçait de poursuites pénales et demandait de lui signaler les « enseignants entrés dans une logique de rébellion qui est négation complète du statut de fonctionnaire ».

Des proviseurs ont porté plainte pour vol contre des enseignants qui avaient symboliquement retenu les copies d’élèves pendant quelques heures ! De nombreux responsables syndicaux ont été convoqués ou poursuivis.

Dans de nombreux établissements, en particulier dans la capitale, à l’appel de proviseurs peu soucieux de leurs élèves, des policiers ou CRS ont gazé, matraqué des jeunes de 16 ans afin de les disperser, comme au lycée Hélène-Boucher. Certaines épreuves se sont déroulées avec la présence de policiers dans la salle, en guise de surveillants !

Au lycée Maurice-Ravel, dans le 20e arrondissement, lundi 27 janvier, des enseignants en grève s’étendaient sur le sol pour protester contre les E3C. Les élèves de première, découvrant les sujets portant sur une période non étudiée en classe, ont refusé de composer et, dans le mouvement de foule, quelques tables ont été renversées. L’épreuve a été reportée.

Vendredi 31 janvier, quatre lycéens du même lycée ont été interpellés suite au blocage de leur établissement et à l’incendie d’une poubelle, pourtant largement à l’écart.

Le comportement des policiers a été particulièrement odieux. Trois adolescents ont passé une nuit en garde à vue. La mère d’un des élèves, dans une lettre à son maire d’arrondissement, a écrit que les policiers ont refusé de lui donner du papier toilette, lui ont confisqué son tee-shirt et son pantalon, lui ont servi un plat non décongelé et l’ont réveillé toutes les deux-trois heures pour le fouiller. Dans une cellule à l’odeur insupportable, le garçon de 16 ans a vomi et sonné, sans que personne vienne à son secours. Le lendemain, les élèves ont été déférés au tribunal de grande instance.

Le président de la FCPE, principale association de parents d’élèves, dénonce le fait que, sous pression du ministère, certains proviseurs pètent les plombs, traquant les enfants sur les réseaux sociaux, les photographiant à l’entrée des lycées, menaçant de zéro au bac ou de conseil de discipline les élèves qui refusent de composer dans des conditions indignes. Il indique qu’ils sont surchargés d’appels téléphoniques de parents, souvent en pleurs, ou d’élèves voulant connaître leurs droits face à l’arbitraire.

La police généralise les sales méthodes jusqu’ici réservées aux enfants des quartiers les plus populaires, et les recteurs utilisent vis-à-vis des enseignants récalcitrants des méthodes d’intimidation plus habituelles au patronat.

Loin d’éteindre la contestation, cette attitude grossière a pour effet de l’alimenter et de l’élargir. Près de la moitié des lycées ont été touchés et, dans au moins 15 % des établissements, les épreuves ont d’ores et déjà été annulées. La désinvolture dont a fait preuve le ministère dans l’organisation des épreuves, ajoutée à la répression qui frappe les contestataires, suscite la colère et la stupéfaction de nombreux professeurs et parents, y compris dans les lycées et quartiers favorisés.

Blanquer dénonce les agitateurs. À vrai dire, il est, de très loin, le provocateur le plus efficace.

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