Macron dérape : racisme et mépris social07/06/20172017Journal/medias/journalarticle/images/2017/06/Situation2.png.420x236_q85_box-0%2C507%2C7015%2C4453_crop_detail.png

Leur société

Macron dérape : racisme et mépris social

Samedi 3 juin, lors d’une visite au Centre régional de surveillance et de sauvetage atlantique d’Étel en Bretagne, alors qu’il échangeait des propos avec des officiels lui présentant différents types de bateaux, le président Macron a voulu lancer ce qu’il pensait être un bon mot devant ses courtisans tout à l’écoute.

Illustration - racisme et mépris social

« Le kwassa-kwassa pêche peu, il ramène du Comorien », a-t-il déclaré. Cette blague crasseuse, frisant le racisme, révèle sans doute assez bien le fond du personnage. Les kwassa-kwassa sont des embarcations traditionnelles de pêche qu’utilisent aujourd’hui les migrants venus des îles des Comores pour chercher à rejoindre Mayotte, une île du même archipel de l’océan Indien contrôlée par l’impérialisme français. Les passeurs entassent les migrants par dizaines à bord de ces longues pirogues instables, leur extorquant au passage 300 à 500 euros. Ils les laissent ensuite essayer de franchir, à leurs risques et périls, au milieu des vagues, les soixante-dix kilomètres qui les séparent des côtes de Mayotte. Les chavirages, les noyades sont quotidiens. D’après un rapport du Sénat français, entre 7 000 et 10 000 personnes auraient perdu la vie en tentant la traversée depuis 1995, et même plus de 12 000 selon les autorités comoriennes, qui se sont indignées à juste titre des propos ignobles du président français.

Si ce dernier a cherché ensuite à apaiser les choses par des échanges téléphoniques avec ses homologues comoriens, il n’a rien dit du sort des miséreux qu’il avait désignés comme du bétail, des hommes qui tentent simplement d’améliorer leur sort au péril de leur vie.

Quand ils parviennent à atteindre Mayotte, ces migrants sont bien souvent réduits à survivre dans les bidonvilles de Mamoudzou, pourchassés sans ménagement par les forces de police. Près de 20 000 personnes ont ainsi été expulsées de Mayotte rien qu’en 2015, la France ayant même été condamnée cette année-là par la Cour européenne des droits de l’homme pour avoir emprisonné illégalement 4 378 mineurs, dont beaucoup sont livrés à eux-mêmes.

Le sourire de jeune premier de Macron, ses propos humanistes sur l’ouverture des frontières tenus pendant la campagne électorale pour se distinguer des appels au repli nationaliste de ses concurrents, cachent le même mépris profond des travailleurs et des pauvres, ceux d’ici, qu’il avait traités d’analphabètes après sa visite de l’abattoir Gad en septembre 2014, ceux des pays pauvres réduits à l’exil. Les traits d’humour douteux de Macron s’inscrivent avec le plus grand naturel dans la tradition colonialiste de la bourgeoisie française qu’il s’apprête à servir avec zèle au pouvoir.

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