Gabon : mascarade électorale et répression07/09/20162016Journal/medias/journalnumero/images/2016/09/2510.jpg.445x577_q85_box-0%2C62%2C822%2C1128_crop_detail.jpg

Dans le monde

Gabon : mascarade électorale et répression

À peine la victoire d’Ali Bongo, l’actuel président du Gabon, était-elle proclamée dans la soirée du 31 août que les émeutes ont commencé dans la capitale Libreville et la ville pétrolière de Port-Gentil. Les partisans de Jean Ping, son principal opposant, avaient toutes les raisons de crier à la fraude électorale. Une répression sauvage s’est aussitôt abattue sur eux.

Les résultats de l’élection présidentielle se sont fait attendre pendant quatre jours, alors que les deux candidats s’étaient par avance proclamés vainqueurs. La population de Libreville, elle, s’était calfeutrée chez elle et les commerçants avaient baissé les rideaux de leurs boutiques en prévision des affrontements. Des camions chargés de militaires lourdement armés patrouillaient dans la ville. À l’annonce du résultat les partisans de Jean Ping sont descendus dans la rue et ont incendié le bâtiment de l’Assemblée nationale. Ils ont été rapidement refoulés par la police et l’armée qui a attaqué leur quartier général à l’arme lourde. Ce soir-là et les jours suivants, un millier de personnes ont été arrêtées, et les tirs ont fait de nombreuses victimes.

Selon les résultats officiels, Ali Bongo n’aurait devancé son rival que de 5 594 voix. Cela est d’autant plus sujet à caution que les résultats de la province dont est originaire le président ne sont arrivés qu’après plusieurs jours, et que ce sont eux qui ont assuré sa victoire. Dans cette province, le Haut-Ogooué, Ali Bongo a recueilli 95 % des voix avec une participation de 99,93 % au scrutin, alors que la participation était de 53 % dans la plupart des autres provinces. Et le gouvernement gabonais s’est pour l’instant opposé à la publication des résultats bureau de vote par bureau de vote que réclamait Jean Ping.

Le clan Bongo règne sur le Gabon depuis maintenant cinquante ans. Omar Bongo avait été mis en place par de Gaulle pour assurer à Elf le monopole dans ce petit territoire riche en réserves pétrolières. Son fils Ali lui a succédé à sa mort, après des élections truquées, qui elles aussi avaient étés suivies de troubles et d’une répression féroce. Le clan n’a cessé d’accorder une place de choix aux trusts français et aussi de garantir à l’armée française l’une de ses plus importantes bases en Afrique. Elf, devenu par la suite Total, exploite les gisements pétroliers, Bouygues bénéficie de marchés profitables dans les travaux publics, Bolloré contrôle les ports gabonais, Eramet possède l’immense mine de manganèse de Moanda et assure 90 % de la production gabonaise, et Rougier est l’une des principales sociétés pour les bois tropicaux et les scieries.

Les revenus tirés de ces richesses pourraient largement permettre aux Gabonais, qui ne sont qu’un million sept cent mille, de vivre correctement. Il n’en est rien, car ces sommes vont directement dans les poches du clan Bongo, qui les dilapide en voitures de luxe, villas sur toutes les Riviera, voyages facturés à des prix faramineux et autres dépenses somptuaires. Pendant ce temps une partie de la population reste plongée dans la misère, notamment dans les bidonvilles qui entourent la capitale, où elle est dépourvue d’eau potable et d’électricité. L’éducation, les soins médicaux lui sont inaccessibles.

Face à cette mascarade électorale et à la répression qui a suivi, la France s’est bornée à réclamer mollement la publication des résultats bureau par bureau, de même que l’Union européenne, l’ONU ou les USA. Le gouvernement français aurait certes préféré qu’Ali Bongo passe la main à Jean Ping. Celui-ci présentait toutes les garanties aux yeux des puissances impérialistes. Ancien ministre des Affaires étrangères, puis des mines et de l’énergie sous Omar Bongo, il avait été au cœur du système. En outre, ancien compagnon de la sœur d’Omar Bongo, connue pour avoir dilapidé des sommes folles en voyages autour du monde, il était clair que la corruption ne le rebutait pas. Ping était le candidat idéal pour un ravalement de façade, préférable du point de vue de l’impérialisme à l’acharnement avec lequel Ali Bongo s’accroche au pouvoir et qui peut toujours faire craindre une explosion de colère populaire, semblable à celle qui a renversé il y a deux ans au Burkina Faso un autre dictateur, Blaise Compaoré.

Mais, puisqu’Ali Bongo a réussi à s’imposer par la force, les dirigeants français sauront en prendre leur parti. Ils l’ont fait pour d’autres dictateurs africains reconduits au pouvoir cette année, comme Sassou-Nguesso au Congo. Les intérêts des trusts français et la présence militaire en Afrique sont à ce prix.

Quant à la population gabonaise, elle n’a rien à attendre de ces deux créatures de l’impérialisme.

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