Attentats de Bruxelles : comment les politiciens s’en servent30/03/20162016Journal/medias/journalnumero/images/2016/03/2487.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Attentats de Bruxelles : comment les politiciens s’en servent

Profitant de l’émotion légitime que les attentats de Bruxelles ont suscitée après ceux de Paris, des politiciens français, de droite comme de gauche, se sont à nouveau emparés du thème de la lutte antiterroriste. Ils cherchent à plaire aux électeurs et ils en profitent pour faire oublier le fond de l’affaire.

Patrick Kanner, ministre de la Ville, a-t-il voulu sortir de son anonymat politique en jouant sur la peur ? À l’écouter, la France compterait une centaine de quartiers radicalisés « à la façon de Molenbeek ».

À droite, la surenchère fait rage sur la question de la sécurité. L’outsider de la droite extrême, Dupont-Aignan, veut expédier les djihadistes sur des îles désertes, les Kerguelen. Nathalie Kosciusko-Morizet réclame la perpétuité incompressible pour les terroristes, prenant ainsi de court ses rivaux dans la primaire des Républicains. Quant à ses compères de parti, Xavier Bertrand et Olivier Dassault, le fils du marchand d’armes, ils se disent bruyamment favorables au retour de la guillotine, même si personne ne peut croire que la peine de mort puisse dissuader des kamikazes prêts à se faire sauter.

Dans cette débauche de démagogie, les attentats et leurs victimes ne sont que des prétextes. L’essentiel pour ces politiciens est d’abuser l’opinion, de dissimuler qu’on se trouve en présence d’une guerre, avec des soldats pour la mener de part et d’autre. Et il est dérisoire de voir certains jouer les bonnes âmes en se demandant gravement comment des jeunes « élevés dans un pays démocratique » peuvent en venir à commettre des attentats. Comme si l’itinéraire individuel qui a mené tel ou tel à devenir terroriste ici, ou volontaire du djihad en Syrie, aidait à comprendre en quel enfer les puissances occidentales ont transformé le Moyen-Orient.

En fait, gauche et droite instrumentalisent l’émotion que chacun peut éprouver face à ces attentats, dans le but de masquer la réalité : les grandes puissances impérialistes, leurs gouvernements, ont depuis des années mis à feu et à sang l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, la Libye, leurs voisins. Elles y ont soutenu et soutiennent les régimes les plus infâmes et, quand tel dictateur cesse de leur convenir, elles appuient, suscitent et arment des mouvements tout aussi ignobles et ennemis des peuples que ceux auxquels ils s’opposent. Et ces mouvements – djihadistes, salafistes, terroristes et autres Daech ou al-Qaida – trouvent, dans le chaos entretenu par le terrorisme d’État des puissances impérialistes, un terreau pour se développer et mener leur propre politique face aux grandes puissances, voire contre elles.

Les États occidentaux ont semé la guerre dans toute cette région du globe. Leur politique, leurs manœuvres, leurs interventions militaires fournissent l’engrais du terrorisme. Voilà ce que veulent cacher les politiciens qui ont mené ou mènent au gouvernement la politique criminelle que réclame la défense des intérêts de leur bourgeoisie.

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