Turquie : l’Europe prête à payer pour bloquer l’entrée des réfugiés02/12/20152015Journal/medias/journalnumero/images/2015/12/2470.jpg.445x577_q85_box-0%2C62%2C822%2C1128_crop_detail.jpg

Dans le monde

Turquie : l’Europe prête à payer pour bloquer l’entrée des réfugiés

Un accord a été signé le 29 novembre entre les dirigeants de l’Union européenne et de la Turquie, aux termes duquel ces derniers s’engagent, au soulagement des premiers, à gérer « au mieux » les réfugiés qui tentent d’échapper à la guerre.

L’accord va droit au but. Comme le résume le site de l’Union européenne, « dans le cadre de la mise en œuvre du plan d’action, les deux parties intensifieront leur coopération active concernant les migrants (…) en renvoyant rapidement dans leur pays d’origine les migrants qui n’ont pas besoin d’une protection internationale. »

Cet accord veille à ce que soient renvoyés en Turquie les migrants qui auraient tenté de quitter ce pays pour s’installer dans un pays d’Europe de l’ouest, et se trouveraient déboutés de leur demande d’asile. L’accord se fait, à écouter Hollande, « dans l’intérêt de tous », y compris celui des réfugiés qui « doivent rester au plus près de leur pays d’origine ». Il est difficile d’être plus cynique quand on sait la responsabilité que portent les grandes puissances dans les causes et la durée des conflits qui poussent des millions de gens à fuir.

Mais l’enveloppe financière – dont on ne sait encore sur quelle ligne de crédit elle figurera, puisque la Commission européenne ne s’engage que pour 500 millions d’euros – est censée répondre à des projets, présentés par les autorités turques, d’amélioration de la situation des 2,2 millions de réfugiés syriens actuellement accueillis en Turquie, dont 250 000 dans les 25 camps de toile installés dans plusieurs régions.

À cette enveloppe s’ajoute le silence des gouvernements occidentaux à l’égard de la dictature d’Erdogan. Juncker, le président de la Commission européenne, a été jusqu’à déclarer : « L’UE ne devrait pas harceler la Turquie au sujet des droits de l’homme […] Nous savons qu’il y a des manques, mais il est indispensable d’impliquer la Turquie. Nous voulons être sûrs que plus un réfugié n’arrive en Europe par la Turquie. » Pas un mot non plus contre l’arrestation et la détention de deux journalistes du quotidien turc de gauche Cumhuryet, accusés d’espionnage quelques jours avant la signature de l’accord, pour avoir publié il y a plusieurs mois des documents montrant des services de renseignements turcs livrant des armes aux djihadistes en Syrie. Rien non plus au sujet de l’assassinat, au même moment, de Tahir Elçi, avocat progressiste kurde poursuivi par le régime pour son soutien au PKK.

Pour éviter l’afflux de réfugiés sur leur sol, les dirigeants européens sont également prêts à promettre la « reprise du processus d’adhésion » de la Turquie à l’Europe des 28. Mais pas de précipitation : seules les négociations sur le chapitre 17 portant sur les rapports économiques et monétaires sont au programme d’une rencontre intergouvernementale ­an­noncée pour le 14 décembre.

Derrière ces tractations, ce qui se joue c’est la vie de centaines de milliers de réfugiés qui, voulant simplement vivre en sécurité, risquent de se voir bloqués dans un pays de passage et empêchés de s’installer là où ils le souhaitent.

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