Taïwan : les travailleuses victimes de Thomson n’ont pas baissé les bras27/05/20152015Journal/medias/journalnumero/images/2015/05/2443.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Taïwan : les travailleuses victimes de Thomson n’ont pas baissé les bras

À Taïwan, près de 1 500 cas de cancers, dont plus de 200 ayant entraîné des décès, ont été recensés parmi 80 000 ouvrières qui ont produit des téléviseurs entre 1971 et 1992. C’est seulement le 17 avril dernier que la société française Technicolor, ancienne Thomson Multimédia, propriétaire de trois usines pendant six ans, a été condamnée à verser 16,8 millions d’euros à une partie des ouvrières qui avaient, à l’époque, manipulé du trichloréthylène et autres solvants cancérigènes.

En 1986 , Thomson avait racheté, à Taïwan, trois usines de téléviseurs créées par le fabricant américain RCA, avant de les fermer six ans plus tard et de revendre les sites en gardant secrète l’enquête interne établissant une grave contamination des sols et des nappes phréatiques. Mais les révélations d’un ancien cadre donnèrent lieu à une enquête officielle qui conclut en 1998 que l’un des sites était « irrémédiablement pollué ».

Il ne fut pas question alors de s’inquiéter des conséquences sur la santé des ouvrières qui avaient manipulé les solvants responsables de la pollution des sols ! Or, elles s’en servaient quotidiennement à mains nues dans l’assemblage des cartes de circuits imprimés et en respiraient les émanations sans presque aucune ventilation. Celles qui étaient hébergées en dortoirs consommaient l’eau fortement polluée et s’en servaient pour laver leurs vêtements. Organisées en une association d’entraide, elles obtinrent, au bout de quatre ans, la création d’une commission interministérielle censée faire le recensement des malades et une évaluation des risques pour les travailleuses et pour les habitants à proximité des sites. Mais cette commission dédouana les sociétés qui s’étaient succédé sur le site, RCA, General Electric puis Thomson.

Les ouvrières s’adressèrent alors à des avocats mais il leur fallut attendre 2004 pour que s’ouvre un procès avec deux cents plaignantes, qui fut renvoyé pour des questions de forme de tribunal en tribunal durant deux années, pendant lesquelles près d’un quart des plaignantes moururent. Le noyau restant reprit le combat et parvint même à mobiliser d’autres anciennes ouvrières. Leurs témoignages ne furent pas retenus tels quels par le tribunal, les magistrats faisant des résumés à leur sauce. Cependant sous le titre « Les voix qui refusent d’être oubliées », des enregistrements des témoignages furent rendus public.

Cette condamnation de Thomson est loin de donner satisfaction matérielle à toutes les ouvrières et ne leur rendra pas la santé qui leur a été volée. Mais elle est donc le résultat d’une longue lutte opiniâtre, et finalement victorieuse.

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