Antonutti-Delmas Bezons : un moral intact18/02/20152015Journal/medias/journalnumero/images/2015/02/2429.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Antonutti-Delmas Bezons : un moral intact

Le 12 février, le tribunal de grande instance de Versailles devait examiner la demande de levée des blocages déposée en urgence le 19 janvier par PSA contre les rassemblements de chauffeurs Antonutti Delmas, sous-sous-traitant transporteur de pièces, devant son usine de Poissy.

Surprise : PSA, dont le dossier est en réalité très faible, a préféré demander le report de l’audience, vœu exaucé par le tribunal, qui l’a repoussée carrément au 9 avril, ce qui rend l’examen de l’affaire très peu probable.

Le même jour, le liquidateur judiciaire d’Antonutti, lors d’un comité d’entreprise, sans parler de faillite frauduleuse, a tout de même éreinté la gestion du patron, que les grévistes accusent d’avoir vidé les caisses de l’entreprise et d’avoir ainsi préparé sa mise en liquidation judiciaire. La conséquence est la mise des dettes à la charge de la collectivité et celle des licenciements à la charge de l’association pour la garantie des salaires, au minimum du minimum légal.

Ces deux faits ont conforté les chauffeurs dans le sentiment de leur bon droit. Ils ont eu raison de rejeter l’accord de baisse de salaire par leur grève victorieuse du 8 décembre. Contrairement aux calomnies de leur patron, ce n’est pas cette grève qui a provoqué la liquidation judiciaire de la société : lui-même la préparait de longue date, sans doute avec la complicité de Geodis dont il était sous-traitant direct pour certaines livraisons de pièces en juste-à-temps.

L’autre leçon de cette affaire c’est que, bien que les travailleurs aient raison, bien que le tribunal ne les ait pas jugés comme des bandits, bien que le sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye lui-même, à la suite de bien d’autres, ait qualifié leur patron de patron-voyou, tout le monde les a au mieux laissés tomber, au pire trahis. PSA, Geodis et leur propre patron ont préparé la suppression de leurs emplois, et les pouvoirs publics, plus pressés de leur envoyer la police que d’enquêter sur leur patron ou de chercher un repreneur, ont joué le rôle du psychologue chargé de faire faire aux victimes le deuil de leur bon droit.

Aussi raide soit-elle, la leçon ne les démoralise pas. Par leur ténacité, les travailleurs avaient obtenu le paiement des jours de grève. Et ils se mobilisent pour défendre une dizaine d’entre eux, menacés de ne pas être payés comme les autres.

Pour le moment, le gain le plus précieux de ce mouvement est la cohésion, la fraternité entre travailleurs dont ils sont très fiers. « Les gars, il faudra faire des barbecues plus tôt dans votre prochaine boîte », a dit l’un d’eux, à quoi un autre a répondu, provoquant un éclat de rire général : « Il faudra surtout faire grève plus tôt. »

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