L'unité nationale, occasion pour renforcer l'arsenal répressif14/01/20152015Journal/medias/journalnumero/images/2015/01/2424.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

L'unité nationale, occasion pour renforcer l'arsenal répressif

Face à la « violence et la barbarie », il faut « une réponse exceptionnelle », a déclaré Manuel Valls après l'attentat à Charlie Hebdo. Et dès le surlendemain de la manifestation parisienne il s'est fait ovationner à l'Assemblée nationale en revenant à la charge contre ce qu'il appelle « l'ennemi intérieur ».

Il y a annoncé que l'on va constituer un fichier des personnes condamnées pour terrorisme, « régulièrement renforcer les services en charge du renseignement intérieur », créer des « quartiers spécifiques » pour djihadistes en prison, mettre au point à l'échelle de l'Europe un transfert de données sur les voyageurs aériens. Et son ministre de l'Intérieur a huit jours pour faire des propositions quant au contrôle d'Internet.

Bien sûr, la droite n'est pas en reste. Et peu lui importe que la majorité PS se targue d'avoir déjà renforcé l'attirail antiterroriste avec la toute récente loi Cazeneuve, du nom du ministre de l'Intérieur : la surenchère sécuritaire est un de ses grands classiques.

Après s'être faufilé au premier rang des VIP, le 11 janvier, à hauteur de Hollande dont il a reconnu qu'il « a fait ce qu'il fallait faire », Sarkozy s'est empressé, devant les caméras, d'y aller de ses propositions. Que les autorités aient commencé à les mettre en œuvre, que d'autres soient applicables ou pas, il s'en moque : il occupe le terrain vis-à-vis de l'électorat en posant à l'homme d'État à poigne.

Mais, au-delà de la guéguerre de postures sur le terrain sécuritaire, une chose est évidente : du PS à l'UMP et au FN, tous les politiciens sont d'accord pour servir un même discours sur le thème « Il faut renforcer la sécurité ».

Et l'unité nationale, dont eux et les médias ont répété qu'il fallait la faire durer, leur ouvre un boulevard. La Marseillaise entonnée durant les manifestations, les drapeaux tricolores, les applaudissements à la police, des politiciens honnis qui pouvaient parader devant la foule... tout cela apporte de l'eau à leur moulin.

Ainsi l'ex-premier flic de Sarkozy, Guéant, affirme : « Il y a des libertés qui peuvent être facilement abandonnées. » Il est là dans son rôle, mais c'est aussi un programme, des menaces, qu'il annonce. L'UMP Valérie Pécresse également, quand elle prône un « Patriot Act à la française », en référence à la législation d'exception appliquée aux États-Unis après le 11 septembre 2001. Celle-ci a permis d'interner sans jugement et pour une durée illimitée toute personne suspectée à tort ou à raison d'actes terroristes, mais aussi de restreindre nombre de libertés individuelles et collectives.

De la droite à la gauche, tous sont bien d'accord pour profiter de la situation pour accroître le budget et les effectifs de l'armée, de la police, de la gendarmerie, des services de renseignement. Et défense de protester : « Il faut bien vous protéger... » L'heure est à l'austérité pour tous les budgets sociaux, pas pour les forces de répression.

La police ainsi applaudie pourrait se sentir les mains libres, pas seulement contre les terroristes avérés, mais aussi contre tous les autres, qui risquent d'être victimes de ses tracasseries en fonction de leur faciès.

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