Le gouvernement veut se refaire une santé sur le dos des médecins07/01/20152015Journal/medias/journalnumero/images/2015/01/2423.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Le gouvernement veut se refaire une santé sur le dos des médecins

Cabinets fermés, manifestations, et maintenant boycott de la carte vitale : l'opposition des médecins à la loi Santé de Marisol Touraine, et principalement à la généralisation du tiers payant, ne faiblit pas. Cette fronde massive recouvre autant de motivations qu'il y a de médecins. Certaines sont justifiées, d'autres sont indécentes.

La généralisation du tiers payant serait bien sûr un progrès. C'est une mesure attendue et espérée par des millions de personnes qui ne peuvent pas avancer 23 euros. Que certains médecins libéraux la rejettent par principe est choquant.

Leurs arguments sur la « déresponsabilisation des patients » ou sur le fait qu'une « bonne médecine se paye » sont révélateurs d'un mépris social et des préjugés répandus dans les milieux petits-bourgeois. L'individualisme et l'appât du gain de certains spécialistes des dépassements d'honoraires ou de l'abattage ne les rendent certainement pas sympathiques.

Mais il y a aussi les généralistes sur qui l'on peut compter, qui sont dévoués et attentifs à leurs patients dans les quartiers populaires et les zones rurales. Qu'ils rejettent aussi la réforme Touraine, alors qu'ils ne sont pas opposés au tiers payant, montre qu'il y a un problème.

Ils craignent le surcroît de travail, des retards et des difficultés de paiement. Et surtout ils ne veulent pas avoir à gérer les relations avec les quelque 500 assurances et mutuelles de santé, qui fonctionnent chacune selon ses propres règles. Cette crainte et la revendication que soit mis en place un guichet unique géré par la Sécurité sociale sont légitimes.

Les médecins ne sont certes pas les plus à plaindre, mais pourquoi accepteraient-ils une charge de travail supplémentaire dont la Sécurité sociale ne veut pas ? Pourquoi accepteraient-ils de faire les frais d'une réforme pour laquelle le gouvernement ne veut pas dépenser un centime ?

Dans ce conflit autour du tiers payant, le gouvernement veut se donner le beau rôle. Lui serait pour le tiers payant, contre la médecine à deux vitesses, quand les médecins se moqueraient des patients comme de leur première chemise. C'est de la démagogie ! Le gouvernement veut se donner des airs de gauche sans rien dépenser. Il veut mettre en place le tiers payant, mais sans que cela ne l'engage à rien et sûrement pas à embaucher dans les caisses de Sécurité sociale.

Quant à dire que cette mesure garantira l'accès aux soins pour tous, c'est se moquer du monde. Qu'est-ce que le gouvernement prévoit de faire contre les déserts médicaux et contre les dépassements d'honoraires ? Que prévoit-il pour mieux rembourser les lunettes, les soins dentaires ou les appareils auditifs ? Rien. Car cela nécessiterait de s'en prendre aux vrais privilégiés, de s'en prendre au grand patronat et de le faire payer pour augmenter les moyens consacrés à la santé. Faute de vouloir remettre en cause les profits des capitalistes de l'industrie pharmaceutique et du matériel médical, le gouvernement fait de la démagogie avec ce qui ne lui coûte rien.

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