UMP : La droite et sa guerre des chefs03/12/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/12/2418.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

UMP : La droite et sa guerre des chefs

Élu pour la seconde fois à la tête de l'UMP, Sarkozy a annoncé son intention de dépoussiérer ce parti, à commencer par un changement de nom, « du sol au plafond ». Il a aussi appelé à un grand rassemblement (sous-entendu : autour de sa personne), allant de la droite la plus conservatrice à un centre qualifié de plus moderne et libéral. Il n'est pas sûr qu'il puisse y parvenir.

D'abord, Sarkozy est loin de faire l'unanimité au sein de son propre parti, où il n'a obtenu que 64 % des voix, soit 20 % de moins qu'en 2004. Il aura en outre à y affronter des concurrents sérieux, tel Juppé, avant d'être le candidat choisi par l'UMP pour l'élection présidentielle de 2017. Et la guerre des chefs qui s'est déroulée l'an dernier entre Fillon, Copé et Bertrand, pour savoir qui prendrait les rênes du parti, n'est qu'un pâle reflet de la lutte pour le pouvoir que se livrent les différents chefs de file de la droite, chacun se présentant cependant comme étant le seul capable de faire l'unité sur son nom.

En créant l'UNR (Union pour la nouvelle République) en 1958, de Gaulle avait effectivement réussi à fédérer largement autour de sa personne les différents courants de droite, en mordant même sur la gauche traditionnelle. La situation était différente : il apparaissait comme le seul capable à la fois de mettre fin à l'instabilité gouvernementale due aux institutions de la IVe République et d'apporter une solution à la guerre d'Algérie qui se prolongeait.

Après la grève générale de Mai 68, la belle unanimité autour de de Gaulle se fissura et l'UNR fut remplacée par l'UDR, l'Union des démocrates pour la République, qui servit de marche-pied à Giscard d'Estaing, issu des Républicains indépendants, pour se faire élire président en 1974. En 1976, Chirac, en conflit ouvert avec ce dernier et préparant l'élection de 1981, créa son propre parti, le RPR (Rassemblement pour la République). Bien que se proclamant le grand parti de droite rassembleur, le RPR allait être le théâtre d'affrontements entre politiciens se disant du même bord. Cela alla même jusqu'à la guerre ouverte lorsqu'en 1995 Balladur, soutenu par Sarkozy, se présenta contre Chirac, son « ami de trente ans » ! L'histoire des coups bas se répétant, le même Sarkozy prit en 2004 la direction de l'UMP (Union pour un mouvement populaire), que Chirac avait créée deux ans plus tôt, pour en faire sa propre machine de guerre électorale, mettant les chiraquiens sur le côté.

Les prétentions de créer un grand parti faisant l'unité de la droite se heurtent aux ambitions individuelles de ses politiciens. Seul le système électoral les oblige à s'entendre s'ils veulent accéder à la mangeoire, même autour d'un personnage aussi peu reluisant que Sarkozy. Il est vrai que, quand on défend une politique entièrement au service des possédants, on a les représentants qu'on mérite. Et puis, cela n'a jamais empêché de se déchirer dans la coulisse.

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