Égypte : Moubarak innocenté !03/12/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/12/2418.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Égypte : Moubarak innocenté !

La justice égyptienne vient d'abandonner l'accusation de complicité de meurtre de manifestants qui pesait depuis près de quatre ans sur l'ex-président égyptien Hosni Moubarak. Durant les manifestations de janvier et février 2011, à la suite desquelles le dictateur avait dû quitter la scène, plus de 800 personnes avaient été tuées par les forces de police.

Condamné en juin 2012, ainsi que son ministre de l'Intérieur du moment, à la prison à vie, Moubarak avait vu le jugement cassé quelques mois plus tard « pour raisons techniques ». En avril 2013, lors du deuxième procès, la cour avait cette fois déclaré être confrontée à une question politique, qui échappait à sa compétence. Le dernier verdict n'a donc rien de surprenant : les généraux qui détiennent de manière continue le pouvoir en Egypte, un peu en retrait ou clairement sur le devant de la scène comme actuellement, n'ont aucunement l'intention de lui reprocher son rôle dans la répression des manifestants de 2011.

Ils ne se sont d'ailleurs pas davantage montrés prêts à tolérer les manifestations de colère de ceux que la décision du tribunal a révoltés : au millier de manifestants rassemblés place Tahrir au Caire, le pouvoir a répondu par la répression, faisant deux morts et des dizaines de blessés. Pour tenter de calmer l'indignation, le procureur a annoncé un pourvoi en cassation, et le président Al-Sissi promet d'augmenter les compensations aux « familles des martyrs et des blessés de la révolution ». Belle hypocrisie, face à ceux dont les enfants sont morts en espérant en finir avec la dictature militaire et la misère !

En fait, Al-Sissi et les généraux, s'appuyant sur le légitime rejet de la politique de l'ex-président Morsi et des Frères musulmans exprimé dans des manifestations massives de juin 2013, ont repris les rênes en direct. Depuis, ils n'ont toléré ni les manifestations de soutien à Morsi, ni les protestations contre les centaines de condamnations à mort de Frères musulmans, ni les grèves ouvrières et sit-in fréquents que l'aggravation des conditions de vie et les espoirs déçus ont provoqués. Pour continuer cette politique, faire taire les manifestants de gauche comme les travailleurs excédés par les hausses de prix et les salaires indécents, les conditions d'emploi et de travail moyenâgeuses, le pouvoir militaire tient à montrer où sont ses amis, et le clan Moubarak en fait partie.

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