Restos du coeur : Trente ans de montée de la misère26/11/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/11/2417.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Restos du coeur : Trente ans de montée de la misère

Lundi 24 novembre, jour de l'ouverture de la campagne d'hiver de l'association, Manuel Valls, flanqué des ministres du Budget et de la Santé, a fait sa visite de charité aux Restos du coeur du 15e arrondissement de Paris. Quand Coluche avait réalisé son projet il y a trente  ans, les Restos avaient servi 8,5 millions de repas. L'année dernière, ce chiffre a dépassé les 130 millions, et les responsables en sont réduits à faire le tri parmi les plus pauvres, tellement l'afflux de gens dans le besoin dépasse leurs moyens.

L'association est devenue indispensable pour permettre à plus d'un million de personnes de vivre. La croissance de son rôle traduit l'aggravation de la misère, qui touche désormais une fraction importante des milieux populaires. Ce ne sont plus seulement des chômeurs qui se rendent aux distributions de produits de première nécessité, mais des jeunes travailleurs précaires, des femmes qui travaillent à temps partiel et ne parviennent plus à nourrir leurs enfants, des retraités qui doivent consacrer leur pension à payer leur loyer et un peu de chauffage.

L'offensive actuelle du patronat et du gouvernement à son service contre le monde du travail n'est pas près de réduire l'afflux des plus démunis vers les Restos du coeur. Comme le dit un responsable de l'association, les entreprises agro-alimentaires ou de la grande distribution, malgré les incitations financières, ne donnent même pas leurs surplus, « parce que jeter coûte moins cher que stocker et donner à une association ».

Les « nouveaux pauvres » qui se retrouvaient aux Restos du coeur au début des années 1980 sont devenus les travailleurs pauvres d'aujourd'hui, grossis des centaines de milliers de licenciés et de toutes les victimes de la réduction drastique des aides sociales orchestrée par les gouvernements successifs, réduits à survivre de la charité publique tout en étant accusés d'être des profiteurs par les vrais responsables de leur situation.

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