Burkina Faso : L'enquête sur la mort de Thomas Sankara réouverte26/11/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/11/2417.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Burkina Faso : L'enquête sur la mort de Thomas Sankara réouverte

L'un des premiers gestes du président Kafando a été d'autoriser l'expertise de la tombe de Thomas Sankara, assassiné en octobre 1987. Blaise Compaoré avait interdit toute enquête, et pour cause, puisque c'était lui l'assassin.

À défaut de satisfaire les espoirs de la population, cet acte symbolique a pour but de permettre au nouveau régime de se couvrir du prestige dont jouit encore celui qui fut président du pays de 1983 à 1987.

Sankara avait pris le pouvoir en 1983, à l'occasion d'un putsch mené avec Blaise Compaoré. Il se voulait un chef d'État intègre et prônait l'égalité et la justice sociale. Il avait obligé ses ministres à se débarrasser de leurs Mercedes et à rouler en Renault 5. Il avait rebaptisé le pays Burkina Faso, « le pays des hommes intègres », ce qui remplaçait le nom de l'ancienne colonie française, la Haute-Volta. Ce dirigeant nationaliste voulait se défaire des griffes de l'impérialisme, en prônant l'autosubsistance alimentaire. Tout cela suffisait à le distinguer des autres chefs d'État africains, qui affichaient un luxe ostentatoire et étaient entièrement soumis à l'impérialisme.

Sankara ne mâchait pas non plus ses mots envers les dirigeants des grandes puissances, comme François Mitterrand qu'il accusa publiquement, lors de sa visite en 1986, de soutenir le régime raciste d'Afrique du Sud. Ce radicalisme, plus verbal que réel, n'empêcha pas Sankara d'interdire les organisations syndicales existantes, de licencier 1 300 enseignants grévistes et d'emprisonner des centaines de personnes pour actes « anti-révolutionnaires », c'est-à-dire bien souvent pour avoir exprimé un mécontentement vis-à-vis des restrictions entraînées par sa politique. Il ne s'appuyait pas sur le peuple, qu'il contrôlait par le biais de ses comités, mais surtout sur son armée.

En octobre 1987, les hommes de la garde rapprochée de Blaise Compaoré assassinèrent Thomas Sankara. Le gouvernement français, et notamment Jacques Foccart, le dirigeant des réseaux africains, avait depuis longtemps pris contact avec Compaoré par l'intermédiaire du président ivoirien Houphouët-Boigny. François Mitterrand était alors président et Jacques Chirac Premier ministre. Dès la mort de Sankara, Compaoré entama une politique dite de « rectification » qui remit le Burkina dans l'axe souhaité par l'impérialisme. Jusqu'à ce qu'un soulèvement populaire le renverse vingt-sept ans plus tard...

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