Les Kurdes acculés avec la complicité des grandes puissances15/10/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/10/une2411.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Les Kurdes acculés avec la complicité des grandes puissances

Au nord de la Syrie, les combattants kurdes de Kobané, ville frontière avec la Turquie, sont en grande difficulté face aux miliciens du groupe État islamiste (EI) qui ont pris la ville en étau et en contrôlent une grande partie. Faisant allusion à un épisode-clé de la Deuxième Guerre mondiale, des commentateurs ont comparé Kobané à un « petit Stalingrad ».

De loin inférieures en nombre et en armement aux groupes de l'EI, les YPG, les « unités de protection populaire » kurdes qui interviennent dans les trois cantons où le régime syrien a laissé se développer une certaine autonomie, sont seules à empêcher les djihadistes de s'emparer d'une zone continue à cheval sur l'Irak et la Syrie. À quelques centaines de mètres au nord de Kobané, la frontière turque hermétiquement fermée empêche l'arrivée de renforts qui viendraient de la zone kurde de Turquie, et contrôle en sens inverse la fuite de civils qui tentent d'échapper aux combats. Le poste frontière de Mursitpinar, permettant l'évacuation des combattants blessés vers l'hôpital de Suruç en Turquie, devient un objectif pour l'EI, sous le regard indifférent de l'armée turque positionnée avec ses blindés.

Loin de susciter le soutien, certes bien hypocrite, qu'ont rencontré il y a quelques semaines auprès des Occidentaux les peshmergas kurdes d'Irak, les combattants et les combattantes kurdes de Syrie en sont réduits à leur propre détermination et aux renforts de volontaires du PKK. Au contraire, les peshmergas du Kurdistan irakien ont reçu des fusils d'assaut, des munitions et des armes lourdes de la part des gouvernements allemand et français, et surtout les 20 000 ou 30 000 miliciens de l'EI ont à leur disposition un arsenal laissé en Irak lors du retrait des troupes américaines en 2011, et récupéré après l'éclatement de l'armée irakienne.

Depuis début septembre, dans ces cantons kurdes de Syrie, plus de cinq cents villageois sont morts et 300 000 habitants ont dû fuir, majoritairement vers la Turquie. Les bombardements de l'aviation américaine ou britannique, au lieu d'affaiblir l'EI, provoquent de nombreuses victimes dans la population qui n'a pas pu fuir, et renforcent même les rangs des djihadistes en rejetant dans leurs bras des jeunes révoltés par les bombes des impérialistes.

Quant au gouvernement turc d'Erdogan, pressé par son allié américain de rejoindre la coalition, il dit avoir toujours pour premier objectif le renversement de Bachar el-Assad, mais il a surtout pour priorité d'empêcher le renforcement d'un pouvoir autonome kurde dans la région, en Syrie et en Turquie même.

Pour le gouvernement turc, les milices du groupe État Islamique sont en fait un allié contre les peuples de la région, à commencer par le peuple kurde.

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