Dirigeants syndicaux : L'heure n'est pas à la mobilisation27/08/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/08/une2404.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Dirigeants syndicaux : L'heure n'est pas à la mobilisation

Lepaon pour la CGT, Berger pour la CFDT, Mailly pour FO : chacun de leur côté, les dirigeants des trois principales confédérations syndicales ont eu l'occasion de s'exprimer sur la rentrée sociale, marquée par l'aggravation continue du chômage et de la précarité, par le blocage des salaires et des pensions, par l'agression conjointe du patronat et du gouvernement contre les services publics, les droits et les moyens d'existence du monde du travail. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils brillent tous par leur retenue et leur modération, tant dans les objectifs avancés que dans les moyens de les faire aboutir.

Même s'il n'y a aucune attaque frontale contre le patronat, chacun critique peu ou prou certaines mesures avancées par le gouvernement, en particulier la modification des seuils d'effectifs pour avoir droit à des délégués ou à un CE. Le dirigeant de la CGT, tel qu'il s'est exprimé dans L'Humanité du 21 août, critique toute une partie de la politique économique du gouvernement. Ce qui n'est pas le cas de la CFDT qui, par la voix de Berger (Le Parisien du 26 août), déclare : « Nous sommes d'accord avec les aides aux entreprises prévues dans le pacte de responsabilité » (40 milliards !).

Mais Lepaon, lui, pose des conditions préalables à l'action : « La division a assez duré, il va falloir peser ensemble » et, pour cela, « je fais confiance aux militants de la CFDT et des autres organisations syndicales. » Mais, comme la CFDT fait confiance au gouvernement et appuie le pacte de responsabilité, dont le patron du Medef se félicite, on peut tout de suite en conclure que le terrain de « l'action commune » risque d'être des plus limité.

D'ailleurs, pour qu'aucun militant de la CGT ne s'illusionne sur les perspectives de ses dirigeants, Lepaon tient à mettre les points sur les « i » : « Répondre par une journée d'action à chaque nouvelle annonce du gouvernement n'est pas une solution. Il ne faut pas céder à la facilité. » Et que propose de mieux Lepaon ? « Retravailler les solutions alternatives... discuter du contenu revendicatif », ce qui, outre se placer dans la position ridicule du donneur de leçons au gouvernement et au patronat, n'est qu'une échappatoire, de plus biaisée, puisque le dirigeant de la CGT a déjà fixé des objectifs revendicatifs très précis, par exemple sur les salaires. Ainsi Lepaon propose... de rediscuter, dans le cadre des négociations annuelles obligatoires, « des grilles des salaires dans les conventions collectives, notamment celles qui démarrent en dessous du smic ». Les militants syndicaux ne connaissent que trop bien cette messe annuelle qui ne mène à rien. Être plus modéré que Lepaon est difficile. Voilà où en est le dirigeant du syndicat le plus combatif ! C'est cette passivité volontaire qui entretient la démoralisation ambiante tant chez les travailleurs que chez les militants syndicaux.

Pourtant, si l'on voulait fixer des objectifs de lutte, ce serait simple. Pour combattre le fléau du chômage : l'interdiction des licenciements en prenant sur les profits. De même que pour les salaires, en mettant en avant l'augmentation massive des salaires et des pensions, garantis par l'échelle mobile. Le tout appuyé sur l'exigence du contrôle des travailleurs et de la population sur les comptes ouverts ou cachés des grandes entreprises et des banques. Seulement il faut choisir : ou rêver d'être considéré comme un partenaire raisonnable par le patronat et les gouvernants, ou préparer la lutte radicale qui permettra de mettre en échec l'offensive du monde des possédants contre le monde du travail.

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