Continental : Sapin et la direction du groupe condamnés conjointement19/03/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/03/une2381.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

Continental : Sapin et la direction du groupe condamnés conjointement

Le 11 mars, le tribunal administratif d'Amiens a annulé l'autorisation de licenciement accordée par Michel Sapin, le ministre du Travail de Hollande, dans les deux derniers cas concernant des délégués de l'usine de Clairoix qui lui avaient été soumis sur la demande de Continental.

En effet les représentants du personnel dépendent de la seule justice administrative en cas de contestation de leur licenciement. Le tribunal a renouvelé son jugement de février 2013 en réaffirmant que, pas plus hier qu'aujourd'hui, le groupe milliardaire Continental AG n'avait apporté la moindre justification économique à la fermeture de l'usine de Clairoix et aux 1 113 licenciements qui l'ont accompagnée.

C'est en toute connaissance de cause que Sapin avait décidé à l'été 2012 d'autoriser les licenciements, et cela avait une signification politique. En juin 2012, les ex-salariés de Clairoix protestaient contre le non-respect des accords signés avec Continental et l'État, en 2009 et 2011, concernant le reclassement des 1 113 salariés licenciés à la suite de la fermeture de l'usine. Suite aux manifestations vers l'Élysée et Matignon, le nouveau gouvernement socialiste avait accepté l'ouverture de négociations avec le comité de lutte de Continental, en vue de rattraper au moins partiellement le désastre causé par la politique de l'entreprise, plus de la moitié des licenciés n'étant pas reclassés.

Mais, en autorisant le licenciement de plusieurs délégués, Sapin montrait son appui au patron de Continental. C'était dire à Continental ce que Sarkozy n'avait jamais osé dire, à savoir que la fermeture de l'usine de Clairoix était totalement justifiée : « Quels que soient les accords qu'on a signés ensemble, nous sommes à vos côtés contre les salariés. » Le message fut entendu et Continental ne mit jamais en œuvre les accords signés. Aujourd'hui, il y a encore 460 ex-salariés inscrits à Pôle emploi.

Le tribunal administratif, qu'il est difficile de taxer de révolutionnaire, a donc tenu à adresser un désaveu manifeste à cette collaboration étroite entre le gouvernement et le groupe Continental. Il faut dire que Continental a refusé d'appliquer la décision de réintégration que lui avait ordonnée le même tribunal il y a un an. Maniant la menace de priver les délégués d'indemnités, Continental a été jusqu'à la préparation d'une opération pour récupérer de force les locaux syndicaux toujours en place. Elle a été mise en échec par la mobilisation des ex-salariés.

Les suites de ce jugement sont incertaines et le bras de fer n'a pas pris fin. Mais il s'agit malgré tout d'un succès moral pour ceux qui refusent de se soumettre à ce patron qui croule sous les milliards.

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