Afrique du sud : Un mois de grève dans les mines de platine26/02/20142014Journal/medias/journalnumero/images/2014/02/une2378.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Afrique du sud : Un mois de grève dans les mines de platine

À l'heure où nous écrivons, le bassin de Rustenburg, dans le nord-ouest de l'Afrique du Sud, où est concentré l'essentiel des mines de platine du pays, en est à sa cinquième semaine de grève. La production et le raffinage des trois géants de ce secteur – Anglo Platinum (filiale d'Anglo-American), Impala Platinum et Lonmin – restent paralysés. Et les 100 000 grévistes semblent toujours aussi déterminés à imposer leur revendication d'un salaire minimum mensuel de base de 12 500 rands (825 euros).

Mais cette fois-ci, contrairement à ce qui s'était passé lors de la grande grève des mineurs de 2012, le gouvernement du Congrès national africain (ANC) est intervenu dès le début. C'est ainsi que la ministre des Ressources minières est montée au créneau pour s'assurer que les compagnies minières restent unies face aux grévistes, allant jusqu'à rappeler à l'ordre Impala Platinum, qui semblait envisager de rompre les rangs en faisant quelques concessions.

Pendant ce temps, le ministre du Travail ordonnait un audit des comptes d'AMCU, le syndicat qui organise les mineurs en grève, procédure qui pourrait servir à priver AMCU de son accréditation officielle, ce qui rendrait automatiquement illégale la grève des mineurs.

Enfin, semble-t-il à l'instigation du gouvernement, la direction d'Anglo Platinum a engagé des poursuites nominales contre des dirigeants d'AMCU, leur réclamant des dommages et intérêts de 600 millions de rands (40 millions d'euros) pour les dégradations dont les grévistes se seraient rendus responsables, selon elle. Or de telles poursuites constituent un fait sans précédent dans l'histoire sociale du pays.

En même temps, les autorités semblent prendre soin d'éviter toute confrontation sanglante, comme celle qui avait fait 34 morts à Marikana en août 2012. C'est ainsi que, fait rarissime en Afrique du Sud, le policier qui avait abattu un gréviste le 7 février a été arrêté et inculpé.

Il faut croire que les leaders de l'ANC se souviennent que les deux principaux facteurs qui avaient contribué à l'extension de la grève de 2012 avaient été, d'abord, la brutalité du massacre de Marikana, puis la décision unilatérale de Lonmin de céder sur une partie des revendications des grévistes. Or, dans un climat social déjà marqué par de multiples conflits locaux dus à l'érosion du pouvoir d'achat par l'inflation, il pourrait suffire de peu de chose pour inciter d'autres secteurs de la classe ouvrière à suivre l'exemple des mineurs, comme cela avait déjà été le cas pour les travailleurs agricoles qui avaient pris le relais des mineurs à la fin 2012.

Or, à peine plus de deux mois avant les élections parlementaires du 7 mai, l'ANC ne peut pas se permettre une montée des luttes sociales à un moment où son crédit n'a jamais été si bas. D'où sa politique face aux mineurs en grève. Mais les craintes du régime ne font que refléter sa faiblesse, faiblesse dont on peut espérer que les grévistes sauront tirer parti.

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