Retraites : Une réforme antiouvrière, et un nouveau cadeau au patronat28/08/20132013Journal/medias/journalnumero/images/2013/08/une2352.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Leur société

Retraites : Une réforme antiouvrière, et un nouveau cadeau au patronat

En présentant le détail de sa réforme des retraites, Jean-Marc Ayrault s'est vanté d'avoir réalisé un « partage équilibré des efforts ». C'est un mensonge. Pour financer la réforme, c'est-à-dire le prétendu déficit du régime général des retraites de la Sécurité sociale en 2020, ce sont les salariés et les retraités – actuels et futurs – qui vont être mis durement à contribution. Les patrons, les actionnaires et le capital, eux non seulement ne seront pas touchés, mais eux risquent au contraire de gagner à la réforme. C'est un comble.

Le gouvernement a abandonné – en tout cas pour le moment – l'idée, agitée ces derniers mois, de financer sa réforme par une augmentation du taux de la CSG et par la suppression de l'abattement de 10 % sur les retraites pour le calcul de l'impôt. Mais dans l'immédiat, les retraités n'en seront pas moins mis de façon plus insidieuse à contribution. La revalorisation annuelle des pensions de retraite en fonction de l'inflation sera décalée de six mois, appliquée le 1er octobre au lieu du 1er avril, et la majoration de 10 % de la pension de retraite dont bénéficient les parents de trois enfants sera soumise à l'impôt sur le revenu. Cela représentera un prélèvement supplémentaire sur les retraités de 2,2 milliards d'euros en 2020.

Le gouvernement se vante de ne pas avoir reculé l'âge légal de départ en retraite, fixé actuellement à 62 ans – mais les futurs retraités devront avoir cotisé plus longtemps pour bénéficier d'une retraite à taux plein, ce qui revient au même.

Mensonges et demi-vérités

Le gouvernement Ayrault, qui entérine au passage la réforme Fillon de 2010, qui a porté à 41,5 ans la durée de cotisation requise, veut l'aggraver : à partir de 2020 il faudra cotiser un trimestre de plus tous les trois ans, pour arriver à 43 ans de cotisations en 2035. Allonger encore la durée de cotisation c'est, de fait, programmer de nouvelles charges sur le dos des retraités, et une nouvelle baisse des retraites perçues, pour tous ceux, et ils seront de plus en plus nombreux, qui ne pourront atteindre la durée requise.

Pour combler le trou creusé dans les caisses de retraite par le chômage et par la crise le gouvernement a choisi d'augmenter les taux des cotisations salariales et patronales de retraite, au total de 0,3 points entre 2014 et 2017, ce qui devrait rapporter 4,4 milliards d'euros en 2020. Il se vante d'avoir mis ainsi à contribution à égalité les salariés et les patrons. C'est une tromperie. Lors de la réunion des « partenaires sociaux » à Matignon le 26 août, Jean-Marc Ayrault a promis aux représentants du patronat, avant même que la rencontre se conclue, de compenser l'augmentation de leurs cotisations retraite par un allégement de leurs cotisations à la branche famille. Pour les patrons, l'opération sera blanche : ils n'y perdront rien. Pour les salariés en revanche, la ponction sur leur salaire sera plein pot : elle ne sera pas compensée.

Pour le bonheur du patronat

Jean-Marc Ayrault a aussi annoncé son intention d'engager l'an prochain une « réflexion » sur une nouvelle baisse du « coût du travail ». Ce qui est dire dès aujourd'hui que non seulement les patrons ne perdront rien à la « réforme » des retraites, mais qu'ils y gagneront quelques milliards d'exonérations de plus. Quant à la population laborieuse, elle devra payer deux fois : parce qu'il lui faudra supporter les conséquences de la nouvelle réforme des retraites de Ayrault et parce qu'elle devra combler, sous une forme ou sous une autre, le trou fait dans les caisses de la Sécurité sociale par ces nouvelles exonérations au patronat qu'il faudra bien financer.

Ces mesures ont été bien accueillies par les représentants du patronat. Même si, après s'être félicités dans un premier temps de cette « ouverture intéressante » du gouvernement dans leur direction concernant le financement des allocations familiales, ils feignaient, dès le lendemain la déception, afin de faire monter les enchères et sans doute de ne pas dire trop de bien de ce gouvernement. Du côté des syndicats de salariés, toute la presse note la modération de leur réaction, avec des différences. La CFDT, courtisée par le gouvernement et qui n'a pas fait mystère de ses points d'accord, a fait profil bas. Quant à la CGT et FO, ils ont annoncé qu'elles maintenaient leur appel à manifester le 10 septembre. Mais la question ne se pose même pas face à l'ampleur des mesures anti-ouvrières du gouvernement et face à l'ensemble des attaques contre les travailleurs. Cette réaction doit être un début face à la violence d'une réforme qui, pour ne pas faire payer les riches, voire pour les enrichir de quelques milliards d'exonérations de plus au passage, s'en prend aux travailleurs, aux retraités, aux pauvres.

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