Grève de la faim des prisonniers de Guantanamo24/04/20132013Journal/medias/journalnumero/images/2013/04/une2334.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Grève de la faim des prisonniers de Guantanamo

Le 21 avril, les autorités américaines ont fini par admettre que depuis quinze jours, la moitié des 166 détenus de la prison de Guantanamo, cette base américaine située dans l'île de Cuba, étaient en grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention et l'arbitraire total qui les maintient emprisonnés parfois depuis onze ans.

Le 13 avril, des militaires en tenue de combat étaient intervenus pour réprimer violemment les participants à cette lutte. Les détenus avaient résisté avec les moyens du bord : manches à balai et bouteilles d'eau. Les militaires avaient tiré des balles de caoutchouc, faisant un blessé parmi les prisonniers. Mais cette tentative de reprise en mains a échoué et la grève de la faim se poursuit.

À Guantanamo sont réunis des prisonniers que l'armée américaine a pu faire pendant ses guerres en Afghanistan ou en Irak, en général des musulmans soupçonnés d'être des djihadistes.

La grève de la faim a démarré dans un quartier où les prisonniers considérés sans problèmes étaient autorisés à vivre en liberté, avec cellules ouvertes et vie communautaire. Les détenus se sentent dans une situation d'abandon et cette grève est une riposte aux brimades des gardiens, notamment des fouilles répétées.

Ouverte en 2002, la prison de Guantanamo a incarcéré jusqu'à 779 détenus venus de 48 pays différents. L'administration Bush avait inventé pour eux une catégorie échappant à toutes juridictions, celle du « combattant ennemi illégal » avec pour conséquence de les priver de liberté sans fin et sans recours juridique, puisque même les visites de leurs avocats sont restreintes. En onze ans, neuf détenus seulement ont fait l'objet d'un procès.

Depuis, un peu plus de six cents détenus ont été renvoyés dans leur pays d'origine. Sur les 166 restants, seule une poignée présente « une grande valeur » du point de vue des autorités américaines et sont détenus dans un quartier de haute sécurité. La majorité, 130 détenus, sont considérés comme sans risque pour la sécurité des États-Unis. 89 d'entre eux seraient même immédiatement libérables si le Congrès américain ne s'en était à son tour mêlé et n'avait à la fois refusé de voter une enveloppe budgétaire qui permettrait de les renvoyer chez eux et une loi qui interdit de les transférer en territoire américain. C'est là la source du désespoir des prisonniers et ce qui les a conduits à cette grève de la faim.

Ce ne sont pas la répression, la fermeture de la zone ouverte ou les tentatives de gavage en force de 16 des 84 grévistes de la faim qui vont permettre aux autorités américaines de sortir de l'impasse qu'ils se sont eux-mêmes créée.

Cette grève de la faim vient opportunément rappeler qu'il aurait été possible de mettre fin à cet arbitraire il y a quatre ans si un certain Barack Obama avait tenu sa promesse électorale de fermer cette prison ignoble. Mais il l'a reniée sans vergogne et le maintien de Guantanamo rappelle à tous que le pays qui prétend donner des leçons de démocratie au monde entier, y compris les armes à la main, est le premier à violer et à piétiner toutes les conventions juridiques pour ressusciter une ignominie du passé : les oubliettes où on condamne ses adversaires, réels ou imaginaires, à pourrir sans fin.

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