Grande-Bretagne : Emploi record ou sous-emploi record ?14/02/20132013Journal/medias/journalnumero/images/2013/02/une2324.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Grande-Bretagne : Emploi record ou sous-emploi record ?

Depuis plus d'un an, Cameron claironne que, grâce à sa politique d'austérité, le chômage baisse en Grande-Bretagne (2,49 millions de chômeurs en janvier soit un taux de 7,7 %), tandis que la proportion de la population en âge de travailler ayant un emploi atteindrait un record « historique » de 71,4 %.

L'ennui, c'est qu'en fait l'économie se contracte. En 2012 le PIB a baissé de 0,1 % au lieu des 3 % de croissance promis. Pris au dépourvu, les mêmes experts de la presse économique qui parlaient de « croissance sans emploi » avant la crise, lorsque le chômage montait malgré la « prospérité », parlent maintenant de « dépression riche en emplois ».

Pour les travailleurs, en revanche, ces chiffres décrivent un monde qui n'est pas le leur.

Les licenciements n'en finissent pas depuis décembre. Ils continuent au même rythme dans l'industrie (1 100 chez Honda, 400 chez Rolls-Royce et British Aerospace), les banques (6 300 chez Lloyds que l'État contrôle à 65 %) et le secteur public (100 par semaine en moyenne dans la santé seule). Ils ont aussi gagné la grande distribution. En pleines fêtes, des chaînes prestigieuses ont fait faillite, victimes de la chute du pouvoir d'achat : vente et location de DVD (HMV avec 240 magasins et 4 500 salariés, et Blockbuster avec 528 magasins et 4 190 salariés) ; vêtements (Peacocks, 611 magasins et 9 600 salariés) ; matériel photographique (Jessops, 187 magasins et 1 530 salariés) ; matériel électrique (Comet, 200 magasins et 6 900 salariés), etc.

Plusieurs dizaines de milliers de salariés ont été jetés à la rue en deux mois sans que les chiffres du chômage accusent la moindre hausse !

D'autres statistiques, tout aussi officielles, ne laissent pas de doute sur la situation. Le nombre de candidats pour chaque offre d'emploi augmente. C'est ainsi que dix chômeurs postulent en moyenne pour chaque poste d'apprenti. Pourtant ces « apprentissages » ne servent qu'à fournir une main-d'œuvre à bas prix aux patrons. Non seulement ils touchent une prime pour chaque apprenti, mais ils peuvent les payer à 40 % du salaire minimum (soit 3,10 euros/heure) s'ils ont moins de 20 ans, et quel que soit leur âge pendant la première année. Ces prétendus « apprentis » ne font pas de vieux os et n'apprennent pas grand-chose. Néanmoins, il y en a eu un demi-million au cours de la dernière année fiscale, dont 40 % avaient plus de 25 ans et 7 % plus de 60 ans ! C'est autant de chômeurs escamotés et d'emplois officiellement créés.

C'est de ce genre de tours de passe-passe que vient le niveau record de l'emploi dont se targue le gouvernement Cameron. Pour commencer, pour les statistiques officielles, quiconque a une activité rétribuée d'au moins une heure par semaine est réputé « employé ». La multiplication des temps partiels de quelques heures et le fait que les statistiques ne tiennent pas compte de ceux qui font trois ou quatre jobs pour échapper au harcèlement de l'administration du chômage suffiraient à faire de ce niveau record un mensonge éhonté.

Mais en plus, il y a la multitude des chômeurs transformés en faux salariés par des bureaux de chômage qui sont gérés depuis l'époque du gouvernement travailliste de Tony Blair par des prestataires privés. Ceux-ci sont payés en fonction du nombre de chômeurs qu'ils font disparaître des statistiques - en les menaçant de leur faire perdre toutes leurs allocations, y compris leurs allocations logement et familiales.

L'un des artifices utilisé consiste à placer le chômeur dans une entreprise où il travaille gratis pour toucher le chômage. Théoriquement, c'est au volontariat, mais beaucoup ne connaissent pas leurs droits et cèdent à l'intimidation.

Un autre artifice consiste à faire embaucher le chômeur par une agence d'intérim, souvent liée au prestataire gérant le bureau de chômage. On lui offre quelques heures de travail au salaire minimum de temps à autre et, entre deux « missions », il peut en théorie toucher le chômage - sous réserve de subir l'inquisition du « conseiller » chargé de le suivre. Beaucoup se découragent, perdent leurs droits et vivotent en complétant avec du travail au noir. Moyennant quoi le prestataire du bureau de chômage empoche la prime maximum pour avoir trouvé un emploi « permanent » au chômeur en question !

S'appuyant sur cette montée bidon des chiffres de l'emploi, les « experts » versent des larmes de crocodiles sur la « baisse de productivité et de compétitivité » qui en résulterait compte tenu de la baisse du PIB. Mais les spéculateurs, eux, ne s'y trompent pas : à en juger par le fait que l'indice des valeurs boursières de Londres a regagné son niveau d'avant la faillite de Lehman Brothers, ils anticipent, au contraire, des profits plus que juteux.

Partager