Conférence sociale : Derrière les discours, les mauvais coups - Aux travailleurs de se faire entendre11/07/20122012Journal/medias/journalnumero/images/2012/07/une2293.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Editorial

Conférence sociale : Derrière les discours, les mauvais coups - Aux travailleurs de se faire entendre

Les porte-parole du gouvernement nous avaient avertis qu'il ne fallait rien attendre de précis, ni d'immédiat de la « conférence sociale » qui réunissait, autour de quelques ministres, les dirigeants des confédérations syndicales de salariés et les représentants du patronat. Promesse tenue. Rien n'est vraiment sorti de cette « grand-messe » sociale. Sauf que, derrière les discours des uns et des autres, quelques indications ont cependant percé.

Dès le départ le maître mot de cette rencontre était « le maintien de la compétitivité...des entreprises », ou pour dire la même chose avec d'autres mots, la réduction du coût du travail. Avant même qu'elle ne s'ouvre, Moscovici, ministre de l'Économie, avait d'ailleurs déclaré qu'il n'était pas question pour le gouvernement « d'alourdir ce coût du travail », rejoignant les exigences formulées par avance par la représentante du Medef.

À partir de là, il ne pouvait rien sortir de bon pour le monde du travail. En effet, à chacune des exigences des travailleurs, les patrons et le gouvernement opposent ce sacré saint « coût du travail », comme si le travail avait un « coût », alors qu'il est une source de profit pour les exploiteurs.

« Vous exigez des augmentations de salaires, des garanties contre les licenciements et une amélioration de l'indemnisation du chômage ? Pas possible », répondent les patrons, à cause de « notre compétitivité ». L'argument n'est pas nouveau, mais il est une nouvelle fois sacralisé par le patronat, bien sûr, mais aussi par le gouvernement socialiste. Les dirigeants des confédérations syndicales de salariés n'ont rien trouvé à redire à cela, se félicitant même de cette conférence, qui, selon l'un d'entre eux, « renoue avec un dialogue apaisé ».

Apaisé, le dialogue avec le patronat et le gouvernement ? C'est ce que pensent ces chefs syndicalistes. Mais sur le terrain, le « dialogue social » comme ils disent n'a rien à voir avec des propos de salon.

À PSA Aulnay, les salariés sont dans l'attente de la fermeture du site, qui jettera des milliers de travailleurs sur le pavé et leur famille dans la pauvreté. Dans l'ouest, les salariés, mais aussi les paysans fournisseurs du volailler Doux sont dans l'attente de la décision du tribunal de commerce. Chez Air France, à Sanofi, des milliers d'emplois vont disparaître. Il en est ainsi dans tout le pays. Ce ne sont pas moins de 60 000 à 100 000 emplois qui doivent être supprimés dans les semaines qui viennent. Ce n'est pas être alarmiste que de dire qu'il y a urgence.

Ayrault prévoit de faire le bilan de « sa » conférence dans un an, expliquant qu'il ne suffit pas de claquer dans ses doigts pour que les choses changent.

Eh bien si ! Face à la nécessité, les choses peuvent changer, et changer très vite. On a pu le constater quand les gouvernements, tous les gouvernements, ont su rassembler en quelques heures des centaines de milliards pour sauver les banques et le système financier de la banqueroute, il y a cinq ans.

De même un gouvernement qui se situerait franchement, radicalement, dans le camp des travailleurs pourrait décréter que dorénavant tous les licenciements seraient interdits, à charge pour les patrons de répartir le travail entre tous, sans que le salaire de chacun soit réduit.

Il pourrait mettre en place une indexation des salaires sur les prix et permettre que les salariés et leurs organisations puissent vérifier les comptabilités des entreprises. On constaterait alors que les discours des patrons sont des tissus de mensonges pour la galerie.

Ce n'est pas le choix, loin s'en faut, de ce gouvernement, ni celui des syndicalistes qu'il a réunis. Ce n'est pas une surprise !

Pourtant, il n'y a pas d'autre terme à cette alternative. Face à la crise dans laquelle nous ont entraînés les financiers et les industriels, et les gouvernements qui s'aplatissent devant eux, le seul choix de survie pour le monde du travail, c'est d'exiger que ceux qui ont mis l'économie dans cet état payent la facture.

Ce que les ministres socialistes et les directions des confédérations syndicales se refusent de faire, les travailleurs ont la force, collectivement, de l'imposer.

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