Portugal : Grève contre l'austérité29/03/20122012Journal/medias/journalnumero/images/2012/03/une2278.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Portugal : Grève contre l'austérité

Le 22 mars, le Portugal a été le théâtre d'une nouvelle grève générale. Comme les précédentes, elle a été très suivie dans le métro, les chemins de fer, les ports, la santé, la poste, les tribunaux et en général toute la fonction publique. Et si la participation était semble-t-il un peu moindre cette fois, c'est qu'elle était appelée par la seule CGTP, la confédération syndicale liée au Parti communiste.

L'UGT pour sa part, liée au Parti socialiste et à la droite, a refusé de s'y associer. Elle accepte la réforme du code du travail proposée par le gouvernement de droite et discutée en ce moment au Parlement.

Cette réforme vise à donner plus de « souplesse » au code du travail, c'est-à-dire à rendre les travailleurs plus flexibles et les licenciements plus faciles, en réduisant en particulier les indemnités de licenciement. Elle supprimerait pour les salariés du secteur public, très mal payés dans leur grande majorité, la prime de fin d'année et la prime de vacances, qui représentent deux mois de salaire. Elle enlèverait aussi chaque année à tous les travailleurs quatre jours fériés ainsi que la majoration de salaire pour trois jours de fête. Toutes ces mesures favorables au patronat sont présentées comme nécessaires pour rembourser la dette publique et obéir à la Troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) qui fournit au Portugal 78 milliards de prêts.

La CGTP dit très justement que baisser encore le « coût du travail » n'aidera en rien à surmonter la crise. En Europe, seules la Grèce et l'Irlande ont des salaires inférieurs aux salaires portugais, et on sait la profondeur de la crise dans ces pays. Quant aux suppressions de jours fériés et aux augmentations de temps de travail (une demi-heure par jour dans le privé), elles représentent l'équivalent de 100 000 postes de travail, qui seraient menacés d'être supprimés si cette réforme entrait en vigueur. La confédération dénonce l'austérité, les bas salaires et les retraites misérables, qui réduisent la consommation populaire et finalement les ventes des entreprises elles-mêmes. Le travail précaire, qui frappe 21 % des salariés et 35 % des jeunes, et le chômage, qui atteint 14,5 % de la population active, agissent dans le même sens. Du coup, la récession menace de s'aggraver encore. Les banquiers et les autorités financières parlent déjà d'un nouveau plan « d'aide » au Portugal, même si le gouvernement portugais jure ses grands dieux qu'il n'en est pas question.

Les travailleurs sont conscients d'être victimes de la crise. En répondant présent aux appels syndicaux, le 22 ou aussi le 31 mars, jour où une nouvelle grève est prévue, ils expriment leur mécontentement et leur refus de l'austérité. Le gouvernement et la Troïka n'ignorent pas ce mécontentement. Mais ils n'imaginent pas que la colère des travailleurs puisse aller plus loin. Ils risquent peut-être des surprises.

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