Italie : Sous prétexte de relancer l'économie, les patrons veulent le droit de licencier29/03/20122012Journal/medias/journalnumero/images/2012/03/une2278.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Italie : Sous prétexte de relancer l'économie, les patrons veulent le droit de licencier

À en croire les patrons italiens, le plus urgent pour faire repartir l'économie serait de leur donner le droit de licencier sans entrave. C'est le sens de la « réforme du marché du travail » adoptée le 23 mars par le gouvernement Monti. La première victime en est « l'article 18 » du Statut des travailleurs, un article qui jusqu'à présent interdit les licenciements sans motif valable et prévoit que les tribunaux peuvent obliger l'employeur à réintégrer le travailleur qu'il aurait licencié abusivement.

L'article 18, adopté comme le reste du Statut des travailleurs en 1970 dans un contexte de forte mobilisation ouvrière, est depuis longtemps dans le collimateur du patronat. En 2002, une tentative de le supprimer avait entraîné une énorme manifestation à Rome à l'appel du principal syndicat, la CGIL, grâce à quoi il est resté en vigueur jusqu'à présent même si, en fait, le patronat a bien des moyens de tourner cette interdiction de licencier.

Grâce aux lois successives adoptées par les gouvernements de droite comme de gauche et généralisant la précarité, il existe désormais un volant de près de quatre millions de travailleurs précaires n'ayant aucune protection contre le licenciement. Quant aux travailleurs en contrat à durée indéterminée et bénéficiant de la protection de l'article 18, le patronat s'en débarrasse en se déclarant en crise et en recourant à la Cassa integrazione, autrement dit en les mettant au chômage payé par l'État. Les patrons n'en estiment pas moins que le système est encore trop compliqué et comporte trop d'obligations pour eux. Ainsi les travailleurs en Cassa integrazione restent théoriquement salariés de l'entreprise et doivent donc être repris en priorité si sa situation s'améliore.

Gouvernement et patronat voient maintenant dans la crise le prétexte attendu pour donner le coup de grâce à l'article 18, et aussi à une grande partie du Statut des travailleurs. Depuis des mois ils déclarent que l'économie italienne manquerait de compétitivité à cause d'un « coût du travail » trop élevé et de contraintes excessives pesant sur les employeurs, telle cette interdiction de licencier. Ministres et patrons ne sont pas gênés par l'énormité du mensonge, dans un pays où la précarité s'est généralisée et où les salaires sont parmi les plus bas d'Europe. Mais ils sont secondés par les principaux partis politiques et par la presse, et trouvent même une oreille complaisante du côté des dirigeants syndicaux.

On assiste donc depuis plusieurs mois à une négociation sur la « réforme du marché du travail » qui est un véritable jeu de rôles auquel se prêtent les principaux syndicats. En échange d'une renonciation à l'article 18, le gouvernement fait semblant de proposer une amélioration de l'indemnisation du chômage et une meilleure réglementation de l'emploi précaire, ce qui est un marché de dupes. La CGIL aurait été prête à signer une réforme qui, tout en le vidant de son contenu, se serait présentée comme une simple actualisation de l'article 18, ce qui lui aurait permis de sauver la face. Mais finalement, estimant qu'une image de fermeté lui sera plus favorable pour les marchés financiers, Monti a préféré annoncer qu'il lancera sa réforme même sans l'accord des syndicats.

La CGIL proteste donc, parlant d'organiser une grève générale, à une date non précisée mais qui pourrait être... à la fin du mois de mai. Le moins qu'on puisse dire est donc qu'elle n'est pas pressée. Quant aux autres confédérations, CISL et UIL, elles ne parlent même pas de réagir, laissant Monti mener son offensive.

Reste à voir ce qu'en diront les travailleurs, qui voient leurs droits bradés les uns après les autres et qui, dans un certain nombre d'usines, ont manifesté leur opposition.

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