Afghanistan : Octobre 2001 - octobre 2011. Guerre, quel bilan ?19/10/20112011Journal/medias/journalnumero/images/2011/10/une2255.jpg.445x577_q85_box-0%2C104%2C1383%2C1896_crop_detail.jpg

Dans le monde

Afghanistan : Octobre 2001 - octobre 2011. Guerre, quel bilan ?

Cela fait maintenant dix ans que les États-Unis, à la tête d'une vaste coalition, se sont lancés dans la guerre en Afghanistan. Le 7 octobre 2001 débutait l'opération Liberté sans limites, avec la bénédiction de l'ONU. Vis-à-vis de l'opinion publique américaine et mondiale, il s'agissait de répondre aux attentats du 11 septembre et de capturer Ben Laden, afin d'enrayer une source de terrorisme et d'importer la « démocratie » en Afghanistan.

L'impérialisme américain propageait ainsi la guerre dans un autre pays du Moyen-Orient, après l'avoir fait en Irak, entraînant dans son sillage de nombreux pays, dont la France. Avec actuellement plus de 70 000 soldats, sans compter de nombreux mercenaires, les États-Unis forment le gros des troupes envoyées en Afghanistan, et les effectifs ont même été doublés par Obama entre son investiture et fin 2009, ce qui ne l'a pas empêché de recevoir la même année le prix Nobel de la Paix « pour ses efforts extraordinaires en faveur de la coopération internationale » !

Dix ans plus tard, les États-Unis et leurs alliés sont, après les Russes, enlisés dans le « bourbier afghan » et chaque jour qui passe rend la situation encore plus inextricable.

Les islamistes, alliés devenus ennemis

Lorsque l'URSS intervint militairement à la fin de l'année 1979, pour tenter de mettre fin à une instabilité à ses portes causée par les luttes incessantes entre les différents chefs de guerre tribaux, le gouvernement américain y vit l'occasion d'affaiblir son principal adversaire, même si, d'un autre côté, il ne voyait pas d'un mauvais oeil qu'une autre puissance fasse le gendarme dans cette partie du monde. Il fournit alors subsides et armes lourdes aux différents moudjahidins islamistes qui, tels Ben Laden et son groupe Al-Qaïda, venaient de différents pays arabes pour « combattre le communisme ».

Le retrait des troupes soviétiques en 1989 laissa le pays dans le chaos, les différents chefs de guerre tribaux, surarmés par les États-Unis, se livrant des combats permanents. Aussi, quand les talibans, issus de l'ethnie pachtoune et formés dans des camps au Pakistan voisin, arrivèrent au pouvoir en 1996, l'impérialisme américain y vit la promesse d'un État stable. Peu lui importait alors que ces fanatiques religieux plongent les régions d'Afghanistan qu'ils contrôlaient dans un obscurantisme féroce.

Les trusts américains avaient aussi des intérêts économiques dans la région. L'éclatement de l'URSS leur ouvrait la perspective d'accéder à ses réserves pétrolières des républiques du sud. Le trust Unocal s'était ainsi positionné pour la construction d'un pipe-line traversant l'Afghanistan et permettant leur transport jusqu'à la mer. Ensuite est venue la découverte de richesses minérales, y compris de « terres rares », cette fois-ci en Afghanistan même. Pour cela, l'impérialisme américain avait besoin en Afghanistan d'un État qui, en plus d'être stable, lui soit favorable. Or la montée de l'islamisme dans les pays environnants inquiétait les États-Unis et, dès avant 2001, ils commencèrent à prévoir une intervention militaire. Les attentats du 11 septembre leur fournirent un prétexte pour cela. Les alliés d'hier devinrent les ennemis à abattre.

Dix ans de guerre, pour quels résultats ?

Pour la population afghane, cette guerre est un désastre. Loin de voir venir la paix et le développement économique annoncés, elle est la principale victime d'un conflit qui l'enfonce dans la misère et l'obscurantisme. Les armées de la coalition mènent une politique terroriste vis-à-vis des Afghans, bombardant la population à l'arme lourde, détruisant les infrastructures et les habitations, suscitant par là même la haine chez un peuple qu'elles étaient censées libérer.

Les victimes afghanes, tant parmi les civils que parmi les forces rebelles, se comptent par dizaines de milliers, les réfugiés par millions. À cause des destructions, ils quittent le pays ou s'entassent dans des bidonvilles qui se multiplient dans les villes. Vingt millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, sur une population de 26 millions d'habitants ; 80 % sont sans emploi dans les zones urbaines. Pour eux, l'insécurité alimentaire est la règle. Les femmes sont toujours soumises aux lois religieuses ou tribales moyenâgeuses, le taux de scolarisation des enfants a encore diminué. Quant à la culture de l'opium, dont la moitié du revenu alimente les forces rebelles, elle a augmenté de 61 % cette année.

Cette guerre coûte cher aussi aux pays qui y sont engagés, en argent et en vies. D'après un rapport du Congrès américain, 443 milliards de dollars ont déjà été dépensés par les États-Unis pour mener la guerre en Afghanistan, et 132 milliards supplémentaires ont été demandés pour 2012. Cela sans compter les coûts cachés, tels par exemple les pensions versées aux anciens combattants ou à leurs veuves, ou les soins aux blessés. Le coût humain, lui, se traduit à ce jour par la mort de plus de 3 000 soldats de la coalition en dix ans. Depuis un an, en outre, les attentats visent plus directement les forces armées d'occupation haïes par tous, et le nombre de leurs victimes augmente : en 2010, elles ont perdu 720 hommes

Qu'en est-il enfin du bilan politique en Afghanistan ? Les talibans ont bien été chassés du pouvoir fin 2001, une élection qualifiée de « démocratique » a bien porté au pouvoir en 2004 le leader pachtoune Hamid Karzaï, ancien collaborateur de la CIA. Mais cela n'est qu'une façade qui s'effrite de plus en plus.

Même si Karzaï est toujours en place, son pouvoir ne tient que par la présence des forces de la coalition, et encore ! Son gouvernement ne maîtrise rien, pas même son armée ni sa police, corrompues, et où les désertions augmentent. Entre 12 et 20 % de leurs effectifs auraient disparu en 2010, soit parce que les hommes ne sont pas payés, soit surtout par manque de confiance. Ces hommes, qui venaient des milices rebelles, y retournent, emportant avec eux les armes fournies par les armées de la coalition. Dans certaines régions qu'ils contrôlent, ce sont les talibans qui versent leur salaire aux fonctionnaires.

Alors que les différents groupes armés, des talibans aux autres seigneurs de guerre, contrôlaient la moitié du territoire en 2007, leur influence s'étend maintenant sur les quatre cinquièmes du pays et elle déborde sur le Pakistan, où l'impérialisme américain a déjà commencé à exporter la guerre.

Par ailleurs, effectuant une énième volte-face, les États-Unis en sont actuellement à engager des pourparlers avec les talibans, sans résultat à ce jour, ces derniers ayant rompu les discussions.

Dix ans après, les États-Unis sont englués dans le plus long conflit qu'ils aient jamais mené, entraînant leurs alliés derrière eux et suscitant chaque jour un peu plus la haine d'une population qu'ils disaient vouloir aider. Pour assurer sa domination dans une région du monde aux enjeux stratégiques, l'impérialisme américain n'hésite pas à la mettre à feu et à sang.

Partager